Comics-Lug sur Facebook



Extraits du Mega Scoop N°3 (1994) titré "X-Men, Magazine Spécial Anniversaire", traduction du "X-men Anniversary Magazine" de Marvel édité pour les 30 ans des X-Men en 199X-Men Magazine Special Anniversaire de Semic3.


Editorial
 
Tout a commencé avec les X-Men # 9 (ceux de Lee et Kirby). C'est le premier épisode que j'ai lu et c'est celui qui m'a rendu accro. Curieusement, il s'ouvrait sur une bagarre entre les X-Men et les Vengeurs, la première du genre.

En matière de dialogues, cela donnait à peu près ça : "Il faut laisser la place à Captain America, Thor ! C'est son tour d'être le chef des Vengeurs ! " dixit Iron Man, tandis que dans le camp des X-Men, Iceberg s'en prenait à Giant-Man : "Ce sweat-shirt de glace à prise rapide va te rafraîchir les idées !".

Le conformisme contre la "beat generation".

Mais nous étions dans la première moitié des années soixante et si les X-Men étaient déjà des rebelles, cela ne les empêchait pas de porter la veste, le chapeau et la cravate ! C'était l'époque où les étudiants mettaient toujours des costumes pour assister aux matches de football : le vent de la contestation n'avait pas encore soufflé.

Pourtant, le ton était déjà donné. Les X-Men étaient les voyous de l'univers des comics. Et j'aimais ça.

En choisissant des mutants adolescents pour composer cette nouvelle équipe, Stan et Jack donnaient le coup d'envoi de trois décennies de révolte. Presque tous les créateurs qui se sont succédés sur cette série ont profité de l'occasion pour tester les limites du genre super-héros et de l'adhésion du public. Vous ne me croyez pas ? Regardez le travail de Thomas et Steranko, d'Adams, de Cockrum, de Claremont et Byrne, et de tous ceux qui sont venus après.

Personnages rebelles pour artistes frondeurs. Et encore, certains d'entre eux n'ont jamais connu le succès qu'ils méritaient.


En tant que directeur de publication, ma tâche consiste à imposer aux scénaristes et aux artistes une trame et des lignes directrices tout en respectant leur créativité. La marge de manoeuvre est parfois étroite. Aussi, je n'ose imaginer le casse-tête que doit représenter la réalisation d'un épisode des X-Men. Ce domaine riche et complexe de l'univers Marvel, dans lequel évolue une équipe passionnante, est une manne pour l'imagination. Pour l'anarchie aussi.

Depuis le premier jour, Stan Lee et Roy Thomas ont compris ce potentiel et au fil des épisodes, ils ont donné le ton. Par la suite, ils ont été imités par des directeurs de publication au sens artistique développé qui ont su laisser s'exprimer l'imagination des créateurs tout en l'empêchant de déborder.

Dans un premier temps, la série présentait un avantage de taille. Les X-Men, tout en étant des objets de culte, ne remportaient pas un grand succès commercial. D'un mois sur l'autre, ils étaient menacés de disparition. Et à ce moment, alors que personne ne s'y attendait, le miracle se produisit.

Nous ne remercierons jamais assez Louise (Jones) Simonson, Roger Stern, Jim Salicrup, Ann Nocenti, Terry Kavanagh, Bob Harras, Kelly Corvese, Suzanne Gaffney et tous les assistants qui ont permis à cette série de durer et d'exister encore aujourd'hui.

Grâce à eux, la révolte gronde encore.

Steve Saffel.


 
 

Stan Lee

Salut, les héros.

L'année 1963 restera à jamais gravée dans ma mémoire.

"Ich bin ein Berliner", déclare le Président John Fitzgerald Kennedy le 26 juin à Berlin-Ouest, à l'occasion d'une visite de quatre jours en Allemagne.

Cinq mois plus tard, le 22 novembre, la balle qui tranche le fil de ses jours met fin à une période capitale de l'histoire des Etas-Unis.

Difficile de se concentrer sur l'écriture de comic books dans des moments pareils.

De nombreux évènement historiques ont lieu en 1963. Les Beatles révolutionnent le monde de la musique en faisant un malheur avec leur premier tube : I Want to Hold Your Hand. Leur musique et leur coiffure vont avoir une influence déterminante sur les décennies à venir.

Un ouvrage de Betty Friedman, The Feminine Mystique, donne le coup d'envoi d'un mouvement féministe qui va bouleverser la structure de la société aux Etats-Unis et dans le reste du monde.

Et pendant ce temps-là, on continue à créer des comic books !

Partout sur la planète, des populations entières vivent dans la terreur d'une guerre nucléaire. Le 30 août 1963, un téléphone rouge relie Washington à Moscou à seule fin de réduire les risques d'explosion atomique. Mais le monde continue de trembler.

De son côté, Marvel ne chôme pas. En 1963, nous avions déjà créé The Fantastic Four, The Incredible Hulk, Spider-Man, The Mighty Thor et The Avengers ! Que pouvions-nous inventer de plus ?

Le premier novembre, le gouvernement sud-vietnamien de Ngô Dinh Diêm est renversé par un coup d'état perpétré par des forces anti-communistes, tandis que la guerre civile s'étend à l'ensemble de cette nation déchirée. Mais en 1963, l'Amérique est à mille lieues d'imaginer que ces événements du bout du monde vont la précipiter dans un drame épouvantable.

Le 24 novembre, l'assassin présumé du Président Kennedy, Lee Harvey Oswald est abattu par le propriétaire d'une boîte de nuit de Dallas - un dénommé Jack Ruby - sous les yeux horrifiés de millions d'américains qui assistent à ce meurtre en direct sur leurs écrans de télévision.

Faites travailler votre imagination et mettez-vous à ma place. Le monde est sens dessus dessous et voilà que mon rédacteur en chef me demande de créer un nouveau comic book...

Je n'ai pourtant qu'une seule envie : rester devant mon téléviseur. Il me semble que l'actualité est cent fois plus excitante, plus importante que les plus fous  délires de mon imagination. Mais, bon, j'ai un travail à faire. Un travail que j'aime et que je ne veux pas perdre.

A contrecoeur, j'éteins la télé et je referme les journaux. Et avec le sentiment d'entrer dans le club des grands martyrs de l'histoire, je m'installe devant ma machine à écrire (en 1963, j'étais loin d'imaginer l'avènement du traitement de texte) et j'enfonce maladroitement les touches avec deux doigts.

Je commence par écrire "Nouvelle série super-héros" en haut de la page, en espérant que ça fera venir l'inspiration. Je considère ces quatre mots pendant quelques minutes, puis je vais dans la cuisine chercher un morceau de chocolat (je suis un fondu du chocolat !). Je retourne devant ma machine à écrire tout en me disant qu'il faut à tout prix que j'invente une nouvelle histoire de super-héros. Mon patron ne me l'a pas demandé comme une faveur : c'est un ordre !

Quel pouvoir vais-je donner à mon - ou mes - héros ? Qui sera-t-il ? Que puis-je inventer qui n'ait pas été fait ? Et même si je réussis à imaginer un nouveau super-pouvoir, comment mon héros ou mon héroine l'aura-t-il acquis ? Combien de fois pourrons-nous faire le coup de l'araignée radioactive ou des rayons gamma ?!!

Et d'un seul coup, c'est le déclic. Plutôt que de se creuser la tête pour savoir comment chaque nouveau personnage va acquérir son pouvoir, pourquoi ne pas trouver une explication qui sera valable pour tout le monde ? C'est tellement simple qu'on n'y a jamais pensé... On a tous entendu parler des mutations. Elles existent chez les végétaux et les animaux ! On ne sait pas ce qui les provoque : c'est un des secrets les mieux gardés de la nature. Et ça m'arrange bien...

La suite, vous la connaissez. Ca commence avec le Professeur Xavier, Cyclope, le Fauve, Angel, Iceberg, Strange Girl et le redoutable Magnéto.

Mais pendant que les X-Men prennent forme, le monde continue sa course folle. Les événements de précipitent au Viêt-Nam, le pays n'en finit pas de pleurer John Kennedy et le risque nucléaire est omniprésent.

Si j'évoque cette menace, c'est sans doute parce qu'elle permet de comprendre la méfiance qu'inspirent les X-Men. Presque inconsciemment, j'ai choisi de mettre en scène un groupe de jeunes innocents qui font peur et sont rejetés avant d'être haïs et persécutés. J'ai voulu montrer comment n'importe qui peut, du jour au lendemain, devenir un bouc emmissaire si le sort en décide ainsi. J'ai voulu montrere les ravages du fanatisme et des préjugés. J'ai voulu montrer qu'il est important de se battre pour un idéal même si le combat semble perdu d'avance.

Bien sûr, les X-Men ne sont qu'un comic book, une série de plus dans la production Marvel. Mais, comme toute création littéraire, nos superbes mutants sont les produits de leur époque et ils sont incontestablement influencés par les problèmes, les peurs et le désespoir de ceux qui ont vécu ces années étranges et dangereuses.

Peut-être, je dis bien peut-être, est-ce la raison pour laquelle notre pittoresque équipe d'X-Men - et ses émules - est devenue la série la plus populaire de notre production ?

Et dire que vous pensiez qu'il ne s'agissait que d'un comic book !

Amicalement,

                                                                                   Stan Lee





Voir aussi : Les X-Men au cinéma / Stan Lee raconte les X-Men / Les Nouveaux Mutants / Chris Claremont aux éditions Lug / John Byrne chez Lug / X-Men 1 dans Strange 275 / Spécial Strange 35 / Fiche Marvel Universe Les Sentinelles / Les albums des X-Men / Marvel Girl / courrier du Sp. Strange 12, courrier du Sp. Strange 28, 29 et 30 / Interview Semic / Interview de Claremont, Romita Jr, Green et Nocenti (in Sp. Strange 41) /  Studio Ciné Live HS 23  /  Apocalypse  /  La Confrérie des Mauvais Mutants  /  Que les X-Men soient  /  Crossover X-Men-Vengeurs  /  Les Nouveaux X-Men  /  Le procès de Magneto  /  X-Men les mutants modernes
 
 
 



Créer un site
Créer un site