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(Popcorn 1 de août-septembre 2013)Popcorn 1
 

Thor 2 : Heroic Fantasy et superhéros font-il bon ménage ?



 

"Sans équivoque, je ne suis pas amateur de fantasy", annonce dans le magazine américain Empire le réalisateur Alan Taylor. Pourtant, après un parcours essentiellement télévisuel, de Oz à Mad Men en passant par Les Soprano ou Six Feet Under, c'est pourtant bien sur la série phénomène Le Trône de Fer que l'homme besognait ces deux dernières années, à la fois en tant que réalisateur et producteur. Et c'est également en raison de cette implication dans le blockbuster cathodique le plus adulé de ces dernières années que Marvel s'est penché sur son profil pour emboîter le pas au shakespearien Kenneth Branagh à la réalisation du nouvel opus de Thor, le monde des ténèbres. Branagh, en tragédien classique, avait préférer s'appuyer sur une forme d'ampleur théâtrale pour donner corps au monde baroque d'Asgard. Un choix problématique puisque la transposition en images de cinéma de ce monde de bande dessinée, toujours un peu en marge dans la cosmogonie Marvel avec ses références à la mythologie nordique, n'est jamais à l'abri de sombrer dans le kitsh absolu. Avec Branagh, au fond, la catastrophe visuelle n'était jamais bien loin. Mais avec Taylor aux manettes, la traduction esthétique change pour le meilleur.

 

Du sang et des larmes

 

Pour sûr, ce nouvel épisode de Thor penchera nettement plus vers le cuir patiné par les champs de bataille de Westeros que vers les paillettes et le lycra du 1er opus. Taylor l'annonçait d'ailleurs aux dirigeants de la Marvel dès leurs premières rencontres : "J'aime le premier film, mais avec moi ce monde revêtira un aspect très différent, offrira des sensations différentes. Je respecte les choix esthétiques du premier film, d'autant qu'ils étaient motivé par l'idée que ces héros ne sont pas des dieux, mais une race extraterrestre que les hommes ont identifiés par méprise comme des dieux. C'est une bonne manière de moderniser les personnages, d'autant que ça s'intègre de manière logique dans la philosophie des mondes Marvel. Mais le contrecoup, c'est que cet univers a l'air propre comme un sou neuf et clinquant, ce qui a le don de m'agacer. Je me suis dit, revenons sur un style plus antique et voyons ce que ça donne." En dehors de l'accent anglais purement shakespearien mis en place avec le tragédien Branagh, les dieux nordiques font donc peau neuve. Et c'est tant mieux, vu que l'action de ce nouvel opus abandonne enfin les horizons épurés des déserts des Etats-Unis pour prendre place dans le royaume d'Asgard, beaucoup plus périlleux en terme de rendu esthétique. Du coup, ce royaume céleste a bien changé depuis que Thor a abattu le Bifrost dans la lutte fratricide qui l'opposait à son demi-frère Loki. Le peuple a beaucoup souffert, tandis que le fils du défunt Odin était accaparé par la survie de l'Univers. Ce qui permettait au réalisateur une refonte totale du décor. "Je ne me suis pas coupé du premier film, j'utilise toujours la même grammaire, mais mon vocabulaire est différent", explique Taylor à celles et ceux qui craignent une révolution.

 

Sombre et violent

 

Aux portes de ce monde affaibli, resurgit du fin fond des temps anciens un ennemi terrifiant, oublié de tous, Malekith le maudit, seigneur de l'armée des Elfes Noirs, incarné par un Christopher Eccleston méconnaissable, à la chevelure argentée. Malekith compte en effet parmi les archennemis phare du monde de Thor et les combats encourageaient à travailler des chorégraphies de corps à corps plus sophistiquées. "Je voulais vraiment lui construire une technique de combat plus soignée dans ce second film. Ce n'est plus un viking qui lance son marteau, mais bel et bien un demi-dieu avec une gestuelle et des mouvements que l'on a jamais vus auparavant" commente Chris Hemsworth. Plus brutal, plus sombre, plus sale, la vision de Thor selon Alan Taylor semble excitante mais divise déjà le studio, alors que le film n'est même pas totalement terminé. Les dirigeants de Marvel auraient d'ores et déjà demandé au réalisateur de prendre de long congés une fois le film terminé et ne l'embaucheront pas pour tourner l'éventuelle suite. Il en va de même pour le compositeur Carter Burwell, partenaire de longue date des frères Cohen, a qui l'on aurait demandé de ne plus jamais remettre les pieds dans les studios Marvel. Thor 2, aussi novateur soit-il dans les discours officiels donnés à la presse, semble plutôt se ranger du côté des productions à problèmes dont Marvel commence à avoir l'habitude. C'est d'ailleurs le premier film à franchise que la compagnie sort sur les écrans sans la filiale Paramount à ses côtés. Le verdict n'en sera que plus sévère.

 




 
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