Superminds   (Article paru dans le magazine Générique(s)23 de juillet / août 2009).Superminds


Avant Heroes, il y eut les presque zéros du super-héroïsme : les Superminds. Une madeleine eighties électrique, où la parodie l'emporte sur les capes dans un grand flash fluo.  Léo Soesanto.


Le producteur de Heroes, Tim Kring, confessait qu'avant de sauver la majorette (et le monde), il goûtait peu au monde des comics. Il oublie avoir tâté du genre super-héroïque le temps d'un script de Superminds (1985-1986), ou Misfits of Science en version originale. Une série éloignée des intrigues touffues et apocalyptiques de Heroes. Générique: d'abord, une salle de séjour, une télé, un spectateur jeune, le visage hors champ. A l'écran dans l'écran, un pianiste de jazz chante pépère combien les Misfits of Science sont des gens cool et qu'il adore. Le jeune s'énerve et donne un coup de Converse au poste. Qui chute. Le vrai générique peut commencer, rock'n'roll (la chanson rappelle Les Démons de Minuit du groupe Images). La série sera à l'avenant, rock'n'roll comme figuré dans les eighties: bruyant, décomplexé, kitsh. Et avec des bandanas.


Créé par James D. Parriot (on lui doit Forever Knight, série canadienne avec un détective vampire), Superminds conte les tribulations d'un groupe d'individus à superpouvoirs - presque au sens de groupe de rock. Rassemblés par le Dr Hayes, ils doivent stopper dans le pilote un projet diabolique de rayon à neutrons. Ironiquement, Hayes le chef n'a aucun pouvoir. Incarné par Dean Paul Martin (fils de), il mélange Bill Murray circa S.O.S. Fantômes pour le côté malin/magouilleur et Michael J. Fox pour ses airs de gosse attardé. Autour, il y a son collègue Elvin (Kevin Peter Hall, l'acteur planqué dans le costume de Predator), géant capable de rétrécir à la taille de 20 cm (et qui se promène avec des joggings de Ken et Barbie en poche); puis Johnny B., rocker et maître de l'électricité; et enfin Gloria, adolescente douée de télékinésie (la jeune Courtney Cox, dont le titre de gloire était alors d'avoir guinché avec Bruce Springsteen dans la vidéo de Dancing in the Dark).


Toutes ces références eighties datent la série, tout comme l'influent film culte Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e Dimension - où un savant (déjà) farfelu affrontait des méchants aliens interdimensionnels. Superminds sera donc de la SF potache et parodique, de l'héroïsme pour rire façon Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin. Le postmodernisme n'était pas alors partout de cité: d'où la presque candeur des gimmicks décalés dont les auteurs abusent dans les épisodes, film dans le film, voix off inutile, effets clipés, titres idiots en anglais tels "Your place or Mayan", "Against All Oz". Victimes de la mode, les scénarios calquent des succès de l'époque à présent oubliés tels Recherche Susan Désespérément ou Les Dieux sont tombés sur la Tête.



Mais au détour d'une réplique du pilote ("on va montrer qu'être bizarre est ok", proclame Hayes), Superminds esquisse un plaidoyer pro-freaks. Les Misfits cachaient failles, névroses: Elvin est complexé par sa taille ; Gloria est une rebelle affublée d'une assistante sociale. Cette piste à la Watchmen (très) light sera un peu abordée, comme des ballades réglementaires nous-aussi-on-a-du-coeur émaillant une galette de Scorpions. En quinze épisodes, Superminds n'aura pas le temps de faire plus, entraîné dans la spirale coûts (pour cause d'effets spéciaux décents) et audimat (timide, n'allant pas au-delà du cercle de fans). Accueilli ici par les écrins idoines de la défunte TV6 puis de La Cinq en 1986, Superminds reste tout de même une brève madeleine fun, style RFM pour la nostalgie du fluo. C'est autrement plus regardable que l'horrible et récent Mutant X. Et on ne peut que recommander une série qui se concluait rituellement - on ne comprenait pas à l'époque, on était moins second degré qu'aujourd'hui - par la réplique "Bonne nuit les lapinous".



 

Voir aussi : Le Retour de l'Incroyable Hulk / Blade / La série TV Hulk / Les Héros en Séries / Les films super-héros de 1978 à 1992  /  Les films de super-héros 1992-2000  /  DC Comics Vs Marvel  /
 
 



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