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Stan Lee raconte les origines de Méphisto  (Extrait du Strange Spécial Origines 151bis de juillet 1982)    Première partie                      Strange Spécial Origines 151bis



Emanation du mal par le soufre et le feu


Je relis mon titre, et... c'est ce que j'ai pondu de mieux jusqu'ici, mince ! Un souffle de poésie pure, l'introduction rêvée au prochain album de Bob Dylan ! Tout ce qu'on peut dire de plus n'ajouterait strictement rien... Si je m'en tenais là, tout bonnement, fans ? Le chiendent, évidemment, c'est le nombre de pages prévu pour l'article d'introduction rituel : laisser un blanc, ça ferait moche. Bon, à Dieu vat, vous l'aurez, votre morceau de bravoure !


Tout ça, au fond, pour masquer mon incompétence à plaisanter dès qu'il s'agit d'un personnage lié de près ou de loin au Surfer d'Argent. Cet avatar de Norrin Radd, c'est fou ce que je suis tenté  de le prendre au sérieux : trop, au gré de certains correspondants. C'est le seul scénario, en fait, où il m'ait toujours été impossible d'introduire le moindre gag : le Surfer apporte avec lui une telle ambiance de pureté biblique que transformer ses tribulations en numéro de tarte à la crème me flanquerait un complexe de culpabilité : comme si je faisais dessiner un épisode de la Chose par-dessus les fresques de la Chapelle Sixtine, par exemple. Rien que d'en parler, j'ai envie de fourrer des Majuscules partout... Bref, lorsque vint le moment de brancher Norrin Radd sur un nouvel adversaire, je passai je ne sais combien de nuits blanches... jusqu'à la découverte de Méphisto !


Ne me félicitez pas, le choix s'imposait de lui-même. Le Surfer n'est pas la représentation allégorique des plus beaux côtés de la nature humaine ? Pour moi, en tout cas, il représente l'Homme - non tel qu'il est, hélas, mais tel qu'il pourrait être - tel qu'il sera j'en suis sûr au terme de son évolution. Son oubli total de soi, sa haine de la violence, du lucre et du mensonge, l'élèvent au rang des plus grands héros de sagas religieuses. Un tel être devait nécessairement affronter tôt ou tard le symbole du Mal - Satan pour ne pas le nommer.


D'autre part, mon propos n'était pas de matraquer le lecteur à coups de catéchismes reliés plein cuir. La qualité première de ma production littéraire, à mon sens, c'est le plaisir que mes fans en retirent. Tous les enseignements moraux ou philosophiques qu'il leur plaît d'en retenir ne sont qu'à titre de supplément gratuit. Résultat : je répugnais à baptiser mon mauvais génie des noms par trop bibliques de Satan, Lucifer ou Méphistophélès. "Méphisto", tiens, voilà qui était parfaitement suggestif, sans trop sentir sa lecture dominicale des Evangiles ! En outre, c'est moins encombrant à caser dans une bulle que "Méphistophélès" in extenso.



Ces réminescences m'entraînent un fois de plus à mettre en cause Big John Buscema. Dire qu'il figure parmi les étoiles mondiales de la B.D. reviendrait à décrire l'Océan Pacifique comme "une vaste étendue d'eau". Lui décerner le titre d'Artiste Suprême serait encore trop peu dire. Cette passion, cette force, cette vie intense et vibrante qui émanent de chaque détail de son dessin, ce génie du décor et de la mise en scène... les mots meurent sur mon clavier, je ne trouve rien d'assez fort. Aucun doute, le Surfer d'Argent a eu de la chance : naître sous la plume et le crayon de Jack Kirby pour passer ensuite sous la responsabilité artistique de John Buscema ! rien d'étonnant à ce qu'il soit devenu l'objet d'un culte forcené !


N'allez pas imaginer mes affres créatives calmées pour autant : ce qui me posait des problèmes, maintenant, c'était la manière dont un gars quelconque - et même pas quelconque du tout, le Surfer avait tout de même été le héraut de Galactus - pouvait bien s'y prendre pour contrer Satan. Il valait mieux pour la bonne marche de mon scénario que mon Surfer survive à l'empoignade avec le Mal incarné. Apparemment, je nous étais mis, mon héros et moi, dans une situation impossible, dont il fallait pourtant sortir !


La collaboration de John me fut précieuse. Nous passâmes un temps infini à peaufiner chaque réplique, nous discutâmes à perdre haleine le moindre incident de parcours, nous organisâmes soigneusement chaque rencontre entre les protagonistes. Certaines planches nous ont pris plus de temps à mettre au point que les douze épisodes précédents ! Il est comme ça, le Surfer : dès qu'il entre en scène, on se sent pris d'une frénésie de perfectionnisme !


 
A suivre...

 

 
 



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