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Stan Lee raconte...les origines des Super-héros !Strange Spécial Origines 172bis des éditions Lug

La mégalomanie faite masque
    (paru dans Strange Spécial Origines 172bis d'avril 1984)


Les coups de pot, ça existe. Faire le tiercé au hasard et tomber sur le gagnant, ça s'est déjà vu. La preuve : ça nous est arrivé à Jack et à moi - avec le Docteur Fatalis.



On venait de sortir le 4ème épisode des F.F., une affaire qui s'annonçait comme le succès du siècle. Les pouvoirs cosmiques de notre tempétueux quatuor ravageaient littéralement l'Amérique. Pour Jack et moi, le seul problème était de maintenir les lecteurs dans un perpétuel tourbillon de nouveauté...  Ce qui revenait à découvrir, à chaque coup, un super-vilain propre à tenir son petit monde en haleine.

Oooops, minute  ! L'idée me vient à l'instant que certains d'entre vous abordent peut-être pour la première fois l'oeuvre Spécial Origines de Stan Lee. Si vous n'avez lu ni Strange 133bis, ni Strange 136bis, ni Strange 139bis, ni... - bon, ça va, abrégeons – il me semble qu'un supplément d'informations s'impose.

1962 fut une année de grand cru pour Marvel, puisqu'elle produisit les F.F. Vous savez bien... les trois gars et la fille qui tentent en francs-tireurs la grande première de la Lune, et voient leur fusée artisanale bombardée par des rayons cosmiques hors programme, d'où retour en catastrophe sur Terre, atterrissage de fortune... et acquisition de pouvoirs cosmiques fantastiques. En quoi consistent ces pouvoirs  ? Allez, ne charriez pas  : vous le savez aussi bien que moi. Et dans le cas contraire, vous n'avez qu'à consulter les dessins qui suivent.

Ce qui nous ramène à notre point de départ. Jack et moi, donc, venions de sortir le 4ème épisode des F.F., et... Qu'est-ce qu'on a crié, là-bas  ? "Quel Jack" ?  Ah oui, pardon, j'oubliais.

Je dois avouer, bien que cela me coûte, que je ne suis pas l'unique auteur de nos chefs-d'oeuvre marvelliens. En fait, c'est moi qui imagine le concept de base et qui rédige les brillants dialogues et les textes éblouissants sur lesquels se penchent les aréopages d'intellectuels de tous bords  ; mais j'ai eu le privilège de m'attacher la collaboration des artistes les plus talentueux auxquels revient la lourde tâche de peaufiner mes brouillons pour les transformer en ces chefs-d'oeuvre imagés qui ont fait la célébrité de Marvel.

Or, la tête de liste de ces glorieux promoteurs de l'ère Marvel, c'est Jolly Jack Kirby. "Jolly" (joyeux) vraiment à tout hasard, parce qu'au début de nos relations, je me demandais toujours s'il rigolais ou s'il faisait la g... derrière l'écran de fumée de son éternel cigare. Que ça ne vous inquiète pas outre mesure quand même  : jusqu'à présent il a toujours refait surface en temps utile pour sa ration d'oxygène. Plus tard, et sous l'empire de l'éblouissement causé par de multiples super-productions, nous le réaffublâmes du sobriquet de "King" - le Roi. "King Kirby", c'est un nom qui vous dit forcément quelque chose  : on en parle dans les coins les plus reculés de la planète  !


Jack et moi tournions comme des zombies mâtinés d'ours en cage ce matin-là, le cerveau embrumé par les mille et mille concepts de la vilénie au superlatif. On cherchait le truc empoignant, hallucinant, qui assiérait nos lecteurs par terre une bonne fois. Dans ma petite tête, vous ne l'ignorez plus, tout commence par un NOM  : euphonie, rythme, implications dramatiques, etc... Dans le cas qui nous occupe, il fallait un truc vaguement inquiétant, avec un soupçon d'inéluctabilité. Bref, le mot "fatalité" me vint automatiquement à l'esprit. Sauf que "Fatalité", c'était trop long. Et impossible à caser en tant que patronyme dans la conversation courante  : "Fatalité, passe-moi la salière  !"  !!!


Il fallait nécessairement y retrancher quelque chose. De préférence, cette terminaison en "ité" qui sentait son substantif. "Fatum", peut-être  ? Non, trop court. "Mister Fatum", "Professeur Fatum"  ? Ca n'arrangeait rien. Pas très heureux, cette chute en "um". En "is" alors  ? "Fatis"  ? "Fatalis"  ?... OUIIIIIII  !

Kirby, voyez-vous, c'est le genre de type difficile à impressionner. Quand je lui soumis ma lumineuse trouvaille, je vis à sa mine qu'il allait me demander si mon "Docteur Fatalis" était spécialiste ou généraliste, et s'il donnait des consultations à domicile. Une conversation plus tard, pourtant, mon idée commença à faire son chemin. Car Jack, ce n'est pas le garçon buté  ; quand une idée est bonne, il en convient tôt ou tard. Et un trait de génie renchérissant sur l'autre, notre toubib devint de plus en plus excitant. Foin de l'éternel savant fou, tarte à la crème de la B.D. Sous toutes les latitudes  ! Le nôtre se trouva équipé au fil des mots d'un mystérieux passé, d'une planque secrète, d'une fortune illimitée (toutes choses dont il faudrait tôt ou tard expliquer l'origine, mais on avait tout le temps d'y penser), d'un physique trop ignoble pour être infligé au lecteur, et d'un potentiel intellectuel égal à celui de Red Richards – tiens, au fait, ils auraient fait leurs études ensemble  ! Le costume  ? Un masque de fer, ça va de soi. Et pour le reste... on ne doute vraiment de rien, quand on est jeune  ! Et on a bien raison, puisque à l'heure actuelle encore, Victor Von Fatalis a conservé la vedette au hit parade des super-vilains  ! Physique, pouvoir, caractère, magnétisme personnel, rien n'y manque  !

Comme toujours, ou presque, nous n'eûmes ni l'occasion ni la possibilité matérielle d'expliciter les origines de notre Fatalis dans l'immédiat. En outre, si ce vilain avait quelque chose de séduisant – pour nous, en tout cas – personne ne pouvait être sûr à 100% qu'il fût un personnage d'avenir. C'était l'anti-héros qu'il fallait à notre 5ème épisode, O.K. Mais les lecteurs en redemanderaient-ils  ?... mystère  ! Nous, on ne pouvait que bichonner le scénario, ciseler le dessin, recommander le tout à l'attention spéciale de l'imprimeur... et nous dépêcher d'oublier l'affaire Fatalis afin de nous consacrer, d'un esprit libéré, aux prochaines tribulations de Hulk  !


Nous oubliâmes donc Fatalis puisque le Devoir l'exigeait. Les marvélophiles allaient-ils en faire autant ? Que non pas ! En quelques jours, un raz de marée épistolaire déferla sur nos locaux. Et en substance, chaque lettre disait la même chose : “Fatalis ! Nous voulons le Docteur Fatalis !”

S'il y a un reproche qu'on ne peut pas nous faire, c'est d'avoir les deux pieds dans le même sabot. A la millième missive, nous subodorâmes qu'il se passait quelque chose... Doc Fatalis était peut-être un poulain sur lequel on pouvait miser !

Ni le temps, ni l'imagination ne sont hélas extensibles. Il me fut impossible de concocter une origine satisfaisante à mon héros avant 1964. C'est que je ne voulais pas n'importe quoi : il me fallait quelque chose d'épique, une motivation évidente à sa carrière actuelle de super-vilain-tyran politique tragique et torturé. Une de ces histoires qui auraient fait les belles heures du cinéma dans les années 40, avec des gars comme Basil Rathbone, Peter Lorre et John Carradine dans la distribution. Jack saisit immédiatement ce que j'avais en tête. En fait, il avait dû avoir la même idée. Autrement, jamais il n'aurait réussi un tel chef-d'oeuvre ! On voit qu'il a personnellement vécu chaque coup de crayon, vous serez forcés d'en tomber d'accord.


Ce conte des origines, c'est mon chouchou. A mon sens, il développe ce qui devrait être le nec plus ultra d'une personnalité super-vilaine. L'homme est inquiétant, bien sûr... mauvais, ça ne fait hélas pas l'ombre d'un doute. Et pourtant si complexe, si nuancé, qu'on n'arrive pas à lui coller l'étiquette qui l'enverrait direct à la poubelle de l'humanité. Il a ses mobiles, ses besoins, ses chagrins, ses frustrations. Il faut le craindre, certes, l'éviter à tout prix. Et en même temps, il vaut la peine qu'on l'analyse... et pourquoi pas, qu'on le prenne en pitié !

Ne manquez pas de noter au passage la différence de style entre les deux épisodes qui suivent. Ils furent dessinés à deux ans d'intervalle, je vous le rappelle. Ceci vous permettra de constater une des causes du succès foudroyant de Marvel : la façon extraordinaire dont notre équipe d'un seul bloc – dessinateurs, scénaristes, lettristes, coloristes, et j'en passe – colle à ses personnages à mesure qu'ils évoluent, et s'améliore par conséquent au fil des épisodes. Plus de maturité, plus de profondeur, plus d'impact dramatique, aussi bien dans le scénario que dans le dessin.

Et surtout, vous verrez un Fatalis tel qu'on ne l'attendait pas : différent de ses contemporains, ça oui... et si profondément humain, pourtant !

Allons, il est temps. Les voyageurs pour le glorieux passé de Marvel, en voiture, gare à la fermeture des portières ! Premier arrêt : les Fantastiques n°5 :

 
Prisonniers de Fatalis !


                                                                                                                  Stan Lee


 

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