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Strange Spécial Origines 145bis

Stan Lee raconte les origines des Super-Héros   "Vengeur gris" puis "Vengeur doré"

Article paru dans le Strange Spécial Origines 145bis de janvier 1982



A la Marvel, on ne fait pas de politique. Même à l'heure actuelle où notre équipe comporte une bonne douzaine de scénaristes, jamais nous n'avons cherché à définir une quelconque "ligne du parti". Bien entendu, jeunesse et enthousiasme riment le plus souvent avec le plus pur idéalisme libertaire, mais on trouve aussi chez nous un certain nombre de types plus nuancés, ennemis de tout extrémisme... Bref, notre équipe présente une assez jolie palette de toutes les opinions et idéologies existantes. Seules la violence et le sectarisme religieux sous toutes leurs formes sont impitoyablement bannis de nos rangs.


Vous devez vous demander ce que cette profession de foi vient faire dans la genèse de nos super-héros. C'est que, voyez-vous, le personnage dont nous nous apprêtons à retracer l'histoire se découpe à l'origine sur fond de guerre du Viet-Nam. Ses premières pérégrinations mettent en scène un général viet-minh qui réalise à fond le type du vilain de B.D.... alors que le Gentil Monsieur de l'affaire, lui, est représenté par un noble coeur américain au service des "bons" Viet-Namiens du sud... pour la plus grande déconfiture des méchants communistes, ça va de soi !


L'argument vaut ce qu'il vaut, c'est-à-dire pas grand chose, mais essayez de comprendre : cette première mouture appartient à l'an de grâce 1963, époque à laquelle nous considérions sincèrement le conflit qui ravageait ce malheureux pays comme une réédition de la lutte entre le Bien et le Mal. Le soldat américain, c'était tout bonnement Saint-Georges terrassant l'affreux dragon du communisme. Depuis, qu'on se rassure, nous avons grandi et dépassé cette vision hyper-simpliste.


Dans le cadre de nos recherches en vue de créer des super-héros vraiment nouveaux, une idée me taquinait depuis des mois. A ma connaissance, jamais aucun producteur de B.D. n'avait choisi pour personnage central le type du businessman brasseur de millions : trop banal et pantouflard, n'est-ce-pas, pour cadrer avec la personnalité d'un mâle redresseur de torts. Et pourtant... cette idée me séduisait de plus en plus. Je voyais assez bien un héros à la Howard Hughes : possibilités financières illimitées, influences dans toutes les contrées du monde; bref, le type que tous les hommes envien et que toutes les femmes recherchent. Seulement, il lui faudrait aussi le tendon d'Achille indispensable à la délicate psychologie de tout bon personnage de Marvel : quelque élément tragique susceptible d'apporter à mon magnat de l'industrie sa touche finale de réalisme et sa dimension humaine.


Ce héros, je le voyais de mieux en mieux : il possédait - du moins en apparence - tous ce qu'un homme peut désirer : fortune, célébrité, physique d'Apollon tous les succès enfin. Quant au problème crucial qui hanterait chaque instant de sa vie, jamais il n'en parlerait à personne. A ce prix seulement un être craint et admiré du monde entier pouvait susciter la sympathie du lecteur.


De proche en proche, toutes ces données se mirent en place : mon futur héros serait cardiaque au point de ne pouvoir vivre sans le secours d'un pace-maker. Le gadget en question pouvait même devenir l'élément central d'une armure métallique complète qui, outre sa fonction productrice d'énergie aurait l'avantage de dissimuler son identité. Fantastique ! Aucun doute, ça rendait le son de la vérité, c'était sûr de plaire !



Il était temps désormais de discuter sérieusement avec le dessinateur -quel qu'il fût - qui accepterait de créer le personnage. Et j'eus le bonheur de mettre immédiatement la main sur l'artiste idéal : j'ai nommé l'éblouissant DON HECK. Il était justement libre à ce moment-là, et je savais que son style à la fois nerveux et sophistiqué était exactement ce qu'il me fallait. Don adhéra à mon idée de synopsis avec le maximum d'enthousiasme.


Il restait à baptiser notre production. Inutile, je crois, de souligner de quelle importance est le titre donné à une série. En dehors des exigences euphoniques, le nom doit impliquer action et aventure, plus une certaine qualité dramatique. On passe parfois plus ce temps à inventer un bon titre qu'à écrire le scénario entier !


Trêve de généralités. Quel nom donner à notre nouveau chef-d'oeuvre ? "Les aventures d'un homme riche ? " Sûrement pas. "Le Grand Industriel ?" Bof ! "l'Homme au coeur de métal ?" Tiens tiens... le "métal" ressemblait à s'y méprendre à une trouvaille, mais le concept demandait à être creusé. L"Homme de Métal" ? Peut-être. Ou-oui... mais ça manquait un peu d'impact : tous les métaux ne sont pas d'une solidité à toute épreuve, tant s'en faut. Un métal spécifique, alors ? L'Acier par exemple  (en anglais : Steel). Mais "Steel Man" ne collait pas au point de vue rythme. Je passai fébrilement en revue les divers métaux dont l'existence m'était parvenue... et je finis par arriver au fer (Iron). Youpii, cette fois, nous y étions : IRON MAN ! Ca c'était du solide, de la force et du drame à l'état pur !


Comme je me ruais sur ma machine à écrire pour établir le premier scénario, un incident remit tout en question : une circonstance fortuite m'obligea à prendre en main séance tenante un nouveau scénario de l'Araignée au lieu de mon Iron Man.


Heureusement, Lucky Larry Lieber faisait à ce moment-là partie de notre personnel. Et fort opportunément, il n'avait rien de très spécial à faire dans l'immédiat. Je n'eus donc qu'à lui sauter dessus, à lui exposer brièvement ce que j'attendais de lui, à le pousser vers la machine à écrire la plus proche et à le saucissonner sur sa chaise... La suite appartient à l'histoire.


Un dernier mot d'introduction à la somptueuse fantasmagorie qui va suivre : préparez-vous à subir les révélations du siècle (si ça ne vous met pas l'eau à la bouche, vous êtes difficiles). L'effet d'éblouissement littéraire et artistique consécutif à la lecture du chef-d'oeuvre ne vous empêchera pas, j'en suis sûr, de vous aviser des différences fondamentales existant entre Iron Man version 1982 et celui des origines. L'armure est plus lourde, sa couleur gris fer manque certainement d'éclat par rapport au harnachement étincelant qui devait lui succéder. En fait, comme tous ses collègues, Iron Man est un héros en perpétuel devenir. Chaque mois qui passe lui apporte son contingent de transformations, de suspense, de progrès !



Quoi qu'il en soit, ô exégétes du futur, la vérité est sacrée. Que chacun se prépare donc à apprécier Iron Man tel qu'il apparut par une journée faste de l'an 1963... C'est-à-dire sous les traits d'un colosse pataud à la livrée plombée. Après tout, des hordes de marvelophiles saluèrent cette apparition peu flatteuse par des clameurs d'enthousiasme !






 
Les origines d'Iron Man page 1 Les origines de Iron Man page 2
Les origines de Iron Man page 3 Les origines de Iron Man page 4
Les origines de Iron Man page 5 Les origines de Iron Man page 6
Les origines de Iron Man page 7 Les origines de Iron Man page 8
Les origines de Iron Man page 9  



 

 
 



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