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Stan Lee raconte les origines des Super-Héroïnes !   (Publié dans Strange Spécial Origines 157bis de janvier 1983)


D'un toucher de doigt...Héla, déesse de la mort d'Asgard



Pourquoi ne pas l'admettre, Asgard est ma patrie d'élection. Tout cet aréopage de dieux, déesses et demi-dieux, dieux sympathiques ou dieux peaux de vache, dieux en colère ou dieu de bon poil, tous, les petits, les gros, les marrants, les sinistres, les teigneux, les miséricordieux, les autres, les... Bon ça va, vous pigez le tableau : les dieux, donc, sont en passe de devenir ma folie douce !


Au début des années 60, souvenez-vous, parurent les premiers épisodes de Thor... et dans la distribution, soyons honnêtes, quelques personnages féminins d'un conformisme consternant. La petite amie de Thor, par exemple, Jane Foster pour ne pas la nommer, ne s'avisa qu'une demi-fois – ce fut tellement fugitif qu'on pourrait le passer sous silence – que l'homme de sa vie, le chirurgien Donald Blake, pouvait à la rigueur être l'alter ego du dieu de la foudre ! Pauvre Jane, va ! On n'attendait finalement pas grand chose d'elle. Quelques hurlements d'horreur aux moments stratégiques, moult crises de nerf à grand spectacle, une fuite éperdue dans un gracieux tourbillon de blouse blanche quand les choses tournaient vraiment mal... Un point c'est tout. Et en plus, Thor passait la moitié de sa carrière à se faire un sang d'encre pour elle, sinon à la tirer des griffes du super-vilain du moment. Non, ça ne pouvait pas durer !


Jane Foster, en fait, commença à me sortir par les yeux bien avant que la "Libération de la Femme" fût devenue la tarte à la crème de toutes les conversations mondaines. Il m'apparut urgent de revoir la base même de notre conception ; d'en finir une bonne fois avec la guimauve traditionnelle pour que vivent l'indépendance et la force de caractère ! Jane Foster et la cohorte de clichés qu'elle représentait fondirent donc progressivement à l'arrière-plan du scénario, tandis que l'étincelante Sif s'avançait résolument à la conquête du fils d'Odin et de l'avant-scène. Sif au moins, c'était quelqu'un ! Féminine, oui, mais capable, le cas échéant, de faire le coup de feu aux côtés de Thor et autres immortels. "Coup de feu", c'est façon de parler. On pouvait lui mettre n'importe quelle arme entre les mains : au sabre, à la masse d'arme, à la lance, elle s'en tirait comme une championne ! Avec l'intervention de Sif, mon intérêt pour la série se transforma en fascination.


Sif, toutefois, n'était pas seule à illustrer par la pratique le sacro-saint principe de l'Egalité de la Femme. Il y avait aussi Karnilla, la belle et maléfique souveraine des Nornes, emportée par une passion sauvage dans les bras de Balder le Brave. Et puis surtout, il y avait Héla.


Celle-là les bat toutes. Une déesse de la mort au bout de la rue – comme l'eau sur l'évier, en quelque sorte – convenez que ça sort de l'ordinaire ! Au plus léger contact, top ! Repos éternel ! Une déesse majestueuse, austère, implacable, d'une beauté qui la fait remarquer entre toutes les femmes d'Asgard... Bref, Héla est facilement le personnage féminin le plus dramatique, le plus étrange et le plus fascinant de la littérature mondiale.


Sa première apparition dans "le Divin Thor" est due au crayon de Jack Kirby. Big John Buscema, toutefois, ne tarda pas à reprendre la série, les pages qui vont suivre vous permettront d'en juger sur pièces. Mais pour en revenir à sa naissance proprement dite, Jack Kirby, l'affubla du couvre-chef le plus délirant, le plus somptueux – et probablement le plus enquiquinant à trimbaler – qui jamais naquit sous le pinceau d'un modéliste. Cher vieux Jack ! Il a toujours professé un mépris total pour les modes classiques, mais le jour où les circonstances l'obligèrent à s'improviser Modiste-Créateur de la Garde-Robe d'Héla, il battit tous ses records ! Big John, lui, n'eut qu'à rester dans le mouvement !


Héla ne se contente pas d'être l'égale de ses confrères les dieux : elle les surpasse tous... à l'exception d'Odin, oui, d'accord, on est roi du Panthéon ou on ne l'est pas. La nature de son pouvoir et la terreur universelle qu'elle inspire mettent la déesse en livrée verte à mille coudées au-dessus du Dieu courant.


Les pages qui suivent sont les plus mélodramatiques jamais livrées à votre appétit de super-héroïsme. Moi qui vous parle, je les considère comme une apothéose de la mythologie marvélienne... Si Héla n'avait pas existé, nous aurions été obligés de l'inventer pour les besoins de ce scénario !


Attendez-vous à un paradoxe : Héla, cette menace ultime, ce fléau ambulant, ce nec plus ultra de la super-vilénie... vous ferez comme moi, vous finirez par l'aimer !


Je me trompe ?


Stan Lee


 

       
       
     
       



 


Voir aussi : Stan Lee raconte les super-héros  / 



 
 
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