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Interview de Stan Lee parue dans Comic Box hors série 3 (Second semestre 2000)



On ne présente plus Stan Lee, tout du moins à aucun fan de comics qui se respecte. A plus de 77 ans, l'homme a gardé un enthousiasme et un sens de l'humour proprement vivifiant. A l'heure où l'industrie vient de lui fêter ses soixante ans de carrière, il reprend son travail à la fois chez Marvel, chez DC, et sur internet. Rencontre avec une légende.



Comic Box : Vous venez de fêter vos 60 ans de comics. Vous avez tout vu ou presque. Quelle a été la période la plus excitante pour vous en termes professionnels ?
Stan Lee : Certainement le début des années 60, quand on a créé les Quatre Fantastiques, Hulk, Spider-Man, les X-Men, etc. C'était véritablement excitant.

C.B. : Vous dites vous-même que vous n'avez aucune mémoire et que cela vous a causé quelques embarras par le passé. Avez-vous un exemple à nous donner ?
S.L. : Pas vraiment... (rires) La plupart du temps, je m'en tirais bien, mais c'est vrai que j'ai rencontré tellement de gens et écrit tellement de choses que je ne m'en souviens pas. En plus, ce n'est pas dans mon caractère de me retourner vers le passé, alors j'efface ! Ce qui m'interesse, c'est ce que je ferais demain !

C.B. : Tous les ans, l'industrie enterre une légende des comics. Est-ce votre emploi du temps très chargé qui vous préserve ?
S.L. : Je ne pense pas en termes de légende. De plus, j'étais un peu loin du monde des comics ces dernières années puisque j'avais déménagé à Los Angeles et que je travaillais surtout dans l'animation, le cinéma, etc. Mais aujourd'hui que je suis revenu, j'essaye de faire ce que je faisais déjà il y a des années : créer des personnages qui soient assez populaires pour durer un certain temps et avec lesquels on peut espérer faire des films, des séries TV, des jeux vidéo, etc. et qui me survivront.


C.B. : Stan Lee Media a ouvert cette année sur internet. Pourquoi avoir choisi ce médium que vous maîtrisez moins bien que d'autres pour faire votre retour sur le devant de la scène ?
S.L. : Je n'aime pas me répéter et je crois avoir déjà fait un peu de comics. (rires) Internet est un nouveau média, le plus grand à mon avis à l'échelle mondiale. Et je pense que le web va être rapidement au centre de l'entertainment et du commerce à un niveau mondial. J'ai donc saisi la chance d'y avoir une place avant que ça ne devienne impossible !

C.B. : Les cybercomics de votre site sont animés et gratuits. Comment pensez-vous gagner de l'argent avec un projet pareil ?
S.L. : Comme tout le monde, on vend de la publicité sur le site, mais surtout, tout le monde sait que c'est en vendant les personnages à d'autres industries comme le cinéma, les jouets ou les comics... On traite les séquences du site comme de véritables petits films et on essaye de les soigner au maximum.

C.B. : Stan Lee Media a signé un contrat avec les Backstreet Boys pour faire un comic-book à leur effigie. Est-parce qu'ils se prennent pour des super-héros ?
S.L. : (rires) Oui, c'est pour ça qu'ils sont venus me voir ! On a écrit l'histoire ensemble. Ce qui est formidable à mes yeux, c'est qu'ils ont des fans partout dans le monde. Le lancement du premier web-épisode a eu lieu en juin dernier, simultanément à une gigantesque web-party.

C.B. : Il semblerait que vos cybercomics s'inspirent largement de l'univers des jeux vidéos et qu'ils s'adressent véritablement plus à des enfants. Est-ce à dire qu'à votre avis, les comics d'aujourd'hui ne séduisent plus cette jeune clientèle ?
S.L. : Non. Je ne pense pas que ce qu'on fait soit juste pour les plus jeunes. Quand on a créé Spider-Man, il avait 17 ans et ses lecteurs étaient à la fois plus jeunes et plus vieux que lui. Les héros de "Seventh Portal" ont 18 ou 19 ans. Mais les beta-testeurs de ces cybercomics sont un peu plus vieux que ça. Ca dépend des goûts. Ce n'est pas vraiment une question d'âge...


C.B. : L'an dernier, votre contrat exclusif avec Marvel a pris fin et vous n'avez pas resigné dans les mêmes conditions. Vous vouliez reprendre votre liberté ?
S.L. : Vous savez que Marvel a traversé une période de banqueroute, ce qui signifie que tous les contrats en cour, le mien y compris, ont été dénoncés en même temps. Puis ils m'ont fait une nouvelle offre et, pour la première fois depuis des dizaines d'années, j'ai enfin eu l'opportunité de négocier. Avant, j'avais quasiment un contrat à vie, et rien ne pouvait être modifié. Nous sommes donc arrivés à un arrangement qui me permet de ne travailler que 10% de mon temps pour Marvel et le reste pour mon site, ou d'autres projets qui m'intéressent, tout en faisant toujours partie intégrante de la compagnie. C'est fabuleux pour moi parce que ça me donne même le droit d'être en concurrence avec Marvel si ça m'amuse !



L'associé de Stan Lee, Peter Paul, entre alors dans la discussion :

P.P. : Et c'est la première fois dans l'histoire de la compagnie qu'un Président (à titre honorifique - ndlr) de Marvel est autorisé à travailler pour une autre compagnie. De plus, en tant que co-créateur des personnages et pour récompenser sa fidélité à Marvel, Stan a le droit d'utiliser l'image de Spider-Man, des X-Men, des Quatre Fantastiques, etc. dans les publicités du site. C'est fabuleux !

C.B. : Aujourd'hui encore, Marvel n'autorise toujours pas les creator-owned. Etait-ce une des règles fondatrices du studio ? Quand Image s'est créé, avez-vous essayé de les faire changer d'avis à ce sujet ?
S.L. : Non, je n'avais rien à voir avec cela. Le sujet est arrivé sur le tapis beaucoup plus tard, quand j'étais déjà à Los Angeles sur les films, etc. Dommage !

C.B. : Le problème des droits ressurgit justement avec les héritiers des créateurs de Blade et Captain America. Personnellement, vous avez toujours accepté de ne pas avoir la propriété des personnages que vous avez créés, comme Spider-Man, par exemple. Vous le regrettez ?
S.L. : Je ne me vois pas les attaquer pour cela, en tout cas. D'abord, ce n'est pas mon caractère. Et, en plus, j'ai une certaine loyauté envers Marvel qui m'interdit de faire ce genre de choses. Je travaille chez eux depuis 60 ans, et je trouve qu'ils m'ont toujours bien traité. Evidemment, j'aurais bien aimé avoir la propriété des personnages que j'ai créés, mais on ne refait pas l'histoire. J'étais heureux de faire ce que j'ai fait.

C.B. : Que ressentez-vous quand vous lisez un comic book où un personnage que vous avez créé meurt, comme Gwen Stacy, par exemple...
S.L. : Je vais mal. (rires) Néanmoins, je ne peux pas contrôler ce qui leur arrive. Je ne suis même plus leur éditeur ! Et pour être honnête, je n'ai même plus le temps de lire leurs aventures. J'ai trop de travail.


C.B. : De nos jours, la phrase "Stan Lee presents" apparaît sur tous les épisodes paraissant dans le Marvel Universe. Vous sentez-vous le créateur de personnages comme Bishop, Gambit ou autres, apparus des années après que vous ayez quitté les comics ?
S.L. : Non, évidemment. Marvel utilisait juste cette phrase pour donner une crédibilité à ces productions et, dans ce sens, je suis flatté. Mais si l'histoire est bonne, je n'ai aucun crédit, et si elle est mauvaise, s'il vous plaît, ne m'en veuillez pas ! (rires)

C.B. : Qu'avez-vous pensé de la refonte des origines de Spider-Man dans "Chapter One" ?
S.L. : Je ne l'ai pas vu... C'est sans doute mieux comme ça, d'ailleurs... Ils l'ont fait naître sur une autre planète ? Ah non, ça c'était dans le dessin animé ! (rires)

C.B. : A l'époque du Silver Age, comment se passait la création des personnages ? Vous vous asseyiez tous avec Jack Kirby, Steve Ditko, John Romita Sr ou est-ce que chacun entrait dans les bureaux le matin en disant "J'ai une nouvelle idée..." ?
S.L. : Personnellement, je travaillais tout seul, et ensuite, quand j'avais les idées assez claires, je me demandais quel artiste serait le plus à l'aise avec ce personnage, et alors seulement, on s'asseyait lui et moi pour discuter de cela.

C.B. : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le projet avec DC ?
S.L. : Je suis ravi, c'est une occasion unique. Je vais avoir l'occasion de travailler sur les personnages les plus marquants de l'univers DC et avec de grands artistes. Batman, Superman, Wonder Woman, Flash, etc. On en a douze ou treize de prévu. Ca fait peur, non ?

Peter paul ajoute en riant


P.P. : En plus, Stan, comme il s'agit de beaux albums grand format, tu vas toucher les royalties les plus importantes que DC aient jamais versées à quelqu'un (rires) Trève de plaisanterie, de toute façon, c'est historique. Ce que je pense, en tout cas, c'est que si Stan avait créé ces personnages, Batman, Superman, etc. ils ne seraient pas aujourd'hui des icônes uni-dimensionnelles. Ce n'est pas péjoratif, mais Stan ajoute toujours une dimension névrotique aux personnages qui les rend attachants.
S.L. : Ce serait tous des fous. (rires) Je rigole, bien sûr. Mais c'est beaucoup de travail de réinventer des personnages. Par exemple, j'ai fini Wonder Woman et ça m'a pris trois jours juste pour le gros de l'histoire. Je l'ai ensuite envoyée à Jim Lee pour qu'il la dessine, et ça me prendra encore au moins trois jours pour que les dialogues soient faits. Le Superman est avec John Buscema. Et les autres, je ne les ai plus en tête. (rires)

C.B. : Y a-t-il un personnage créé récemment qui ait retenu votre attention ?
S.L. : Il y a en a plein. Je citerai Lobo parce que je le trouve très intelligent et qu'il m'amuse.

C.B. : Il est assez populaire en Europe, en Allemagne surtout, paraît-il !
S.L. : Ca me fait au moins un point commun ave les Allemands ! (rires)

C.B. : Quels souvenirs gardez-vous du mythique Silver Surfer que vous avez fait avec Moebius ?
S.L. : C'était super. J'aurais bien envie de travailler avec lui de nouveau.

C.B. : Quand avez-vous inventé la signature "Excelsior" ?
S.L. : J'avais créé des expressions comme "Nuff'said", etc. et les autres compagnies les copiaient. Je me suis donc mis à chercher un mot dont ils ne connaîtraient pas la signification et qu'ils ne pourraient pas copier ! Et je suis arrivé avec "Excelsior" qui veut dire en vieil anglais quelque chose comme "avec honneur et gloire", et c'est devenu mon expression favorite, ma patte.

C.B. : Il fut un temps où vous vous êtes occupé des adaptations de comics sur grand écran. Comment avez-vous pu laisser Marvel faire autant de navets avec ses personnages !
S.L. : Je n'étais pas dans une position où je décidais vraiment de ces choses-là...

C.B. : Y a-t-il des concepts de série que vous ayez proposé à Marvel et que Martin Goodman aurait refusés ?
S.L. : Pas vraiment... A l'origine, il n'aimait pas Spider-Man, mais je l'ai convaincu !

C.B. : Avant que vous le ressuscitiez, Captain America n'avait jamais eu de bouclier indestructible. Quand lui avez-vous rajouté cet accessoire et pourquoi ?
S.L. : Ce n'est pas une chose à mettre à moncrédit. Captain America a été créé par Joe Simon et Jack Kirby et il avait un bouclier dès le début.

C.B. : Quand il était scénariste sur les Vengeurs, Roy Thomas avait envie de revenir à la conception des personnages des années 40, mais pas vous, alors que vous étiez son éditeur. Comment cela s'est-il résolu ?
S.L. : Je pensais que j'avais raison (rires), alors on a fait ce que je souhaitais. Et quand j'ai cessé d'être l'éditeur de cette série, Roy a fait ce qu'il a voulu !

C.B. : Vous avez souvent dit que vous aimeriez racheter Marvel si vous le pouviez. Est-ce toujours d'actualité ?

S.L. : Qui sait...


 
Propos recueillis par Lise Benkemoun


 


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