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La sci-fi selon Jack Kirby     La source de la Force ?        (Tiré de Comic Box HS 1 La sci-fi contre-attaque)




Et si le scénariste/dessinateur Jack Kirby était à la base de Star Wars ? Plus exactement, tout en laissant à George Lucas la paternité de son histoire, le King des comics semble être à l'origine de plusieurs éléments très reconnaissables de Star Wars, au point que Lucas lui-même puisse finir à son tour, comme un personnage de Kirby.



Depuis la sortie du Star Wars originel en 1977, les fans de Kirby n'ont pu s'empêcher de remarquer les ressemblances criantes qui existent entre les deux univers. Le scénariste des premiers comics de Star Wars lui-même, Roy Thomas, confie que lorsque George Lucas lui raconta les grandes lignes de son film, lors d'un repas en 1972, il ne put s'empêcher de faire le rapprochement avec les New Gods. Une des oeuvres les plus personnelles de Jack Kirby a pour nom le Fourth World, un ensemble de séries interconnectées que le co-créateur de Captain America, des Fantastiques, des Avengers ou des X-Men a publié au début des années 1970 chez DC Comics, qui raconte la guerre à laquelle se livrent les New Gods (les "Nouveaux Dieux") et les forces corrompues d'Apokolips. Rassurez-vous, vous n'y trouverez pas de garçon-fermier vivant sur une planète désertique ou maniant le sabre-laser. Mais pas mal d'autres choses sont là. Apokolips est une planète industrielle, une sorte d'usine planétaire qu'il n'est pas délirant de rapprocher de l'Etoile Noire. Mais surtout elle est dirigée par un tyran surpuissant nommé Darkseid (apparu dans Superman's Pal Jimmy Olsen #134, en 1970), qu'on prononce phonétiquement "Dark Side" ("Côté Obscur"). Certains iront même jusqu'à rapprocher Dark Vador d'une autre création de Kirby, le Docteur Fatalis, méchant portant lui aussi une armure. Mais là, l'archétype est plus diffus et la filiation n'est pas aussi établie qu'on pourrait le croire. Au bas mot, cependant, Dark Vador ressemble à un Darkseid que l'on aurait enfermé dans l'armure de Fatalis. Pour en revenir aux New Gods, ils vivent du bon côté de la vie, dirigés par un patriarche barbu, Izaya le Haut-Père, qu'au premier abord il serait abusif de comparer à Obi-Wan Kenobi. Là, pour le coup, Kirby comme Lucas sont allés puiser dans la même image d'Epinal du vieux prophète sage. Izaya lorgne aussi bien sur Merlin que Charlton Heston incarnant Moïse dans le film Les Dix Commandements. Là où cela se complique, c'est qu'Izaya a pris sous son aile un jeune homme nommé Orion, devenu le meilleur guerrier des New Gods. Quelques épisodes plus loin, le lecteur découvrira que Darkseid est en fait le père d'Orion, ce dernier ayant été élevé par Izaya. Un rebondissement finalement pas si rare, une sorte d'archétype la-aussi ? Certes.




En général, c'est là que les fans de Lucas invoquent l'influence des écrits de Joseph Campbell dans Le héros aux mille et un visages, c'est-à-dire la thèse d'un monomythe universel, qu'on retrouverait dans pratiquement tous les récits épiques. Mais poursuivons : Izaya et les New Gods sont guidés par une énergie fondamentale à la base de l'univers, connue sous le nom de la Source. Beaucoup de fans de Kirby considèrent la Force comme étant une analogie de la Source de Kirby. C'est méconnaître une histoire courte parue dans New Gods #5 (1971). Dans cet épisode, un des New Gods est trop impétueux et sème le chaos autour de lui. On lui ordonne de ralentir mais il n'écoute personne. Mais bientôt il est arrêté net par quelque chose d'invisible. Une sorte de télékinésie qu'Izaya vient d'actionner d'un geste de la main, un pouvoir qu'il appelle, en toutes lettres, la Force ! Disons que là, cela commence à faire beaucoup. Que l'on retrouve des archétypes empruntés aux mythologies, soit. Rien ne se crée entièrement. Kirby lui-même faisait écho à des romans de SF façon Arthur Clarke ou de sagas antiques comme la Bhagavad-Gita. Que des situations ou des noms propres se recoupent à ce point en revanche... On peut comprendre la réaction de Roy Thomas en entendant parler de Star Wars pour la première fois. D'autant qu'une autre série de Fourth World, les Forever People, compte parmi ses personnages un certain Mark Moonrider (Mark le "chevaucheur de la Lune")... qui, malgré des différences physiques évidentes, sonne quand même un tout petit peu comme Luke Skywalker (Luke "le marcheur du ciel"). On ne peut pas dire que Star Wars est la décalcomanie des New Gods. Il n'y a pas de Wookie dans la série de Kirby et, inversement, il n'y a pas d'équivalent de Lightray le joyeux nouveau dieu de la Lumière dans Star Wars. Mais enfin les emprunts sont là.



Qu'en pensait Kirby lui-même ? Eh bien, aussi incroyable que cela puisse paraître, il en a fait à son tour une histoire. Disons qu'il existe une réponse du berger à la bergère. En mai 1978, alors qu'il a arrêté les New Gods depuis des années et qu'il a quitté DC Comics pour revenir chez Marvel, Kirby produit Black Panther #9, dans lequel le héros principal, la Panthère Noire, s'est perdu dans le désert alors qu'il pourchassait un criminel. Contre toute attente, le justicier semble être confronté à un robot blanc vaguement ovoïde. Quelques pages plus loin, on comprend qu'il est en fait tombé sur le plateau de tournage d'un film de science-fiction. Panthère Noire est recueilli sous la tente des comédiens encore maquillés. On y reconnaît une sorte d'homologue d'R2D2 (bien qu'équipé de bras) joué par un nain mais aussi un type en armure sombre qui ressemble vaguement à Vador, une princesse brune en costume blanc qui fait très Leia et quelques extraterrestres parmi lesquels on remarque une face d'hippocampe, semblable à Greedo (abattu par Solo dans la scène du bar). Le clou du spectacle, c'est quand le réalisateur fait irruption dans la tente en se plaignant que ses acteurs ne travaillent pas. Et l'homme, bien sûr, ressemble à George Lucas. Plus tard, poursuivant son adversaire, Panthère Noire provoquera la destruction du plateau de tournage tout en se disant qu'après tout ces gens du cinéma peuvent se permettre d'attendre tandis que le héros a des impératifs plus urgents. Difficile de savoir s'il s'agissait d'une mise en boîte innocente ou si, plus durement, c'était une manière pour Kirby de dire "qu'ils aillent au diable". L'auteur, quand il avait envie de dire quelque chose, n'était pas du genre à le faire à moitié (dans un fameux épisode de Mister Miracle, il avait ridiculisé Stan Lee). Mais là, Black Panther #9 est paru chez Marvel, alors que l'éditeur publiait les comics de Star Wars. Difficile de penser que Kirby aurait pu aller plus loin dans la critique sans que cela "bloque" en plus haut lieu...

                                                                                                                     Xavier Fournier


 
 
 
 



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