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Article issu du fanzine Galador
 

Critique et étude de Morbius      Par P.JMorbius


Michael Morbius, lauréat du Prix Nobel, découvrit un jour qu'il était atteint d'une étrange maladie, une maladie qui le faisait mourrir à petit feu en détruisant une à une toutes ses cellules sanguines.


Avec son assistant et ami Nikos, il chercha longuement, désespérément, un traitement susceptible de lui sauver la vie. Mais il n'en trouva point. Michael Morbius mit alors son dernier espoir dans l'absorption d'un sérum à base de sang de chauve-souris et dans un traitement à l'électro-choc ; il pensait ainsi pouvoir artificiellement créer de nouvelles cellules sanguines pour remplacer celles qu'il avait déjà perdues.


Contre toute attente, ce traitement fut efficace et Morbius fut guéri. Mais le savant s'aperçut bientôt qu'il était devenu la victime d'un fâcheux effet secondaire : il s'était transformé en vampire !!


Dans sa première apparition (Amazing Spiderman 101-102), Morbius nous a été montré comme une créature tourmentée, hantée par toutes les horreurs qu'elle a commises. Mais ce dégoût de lui-même n'était pas suffisament puissant pour pousser Morbius à mettre un terme définitif à sa malédiction ; son instinct de conservation était beaucoup trop fort.


Cette interprétation du personnage de Morbius par son créateur, Roy Thomas, est à mon avis excellente. La lutte entre la raison et l'instinct de conservation est splendidement illustrée par le changement de comportement selon qu'il fasse jour ou qu'il fasse nuit : le jour, alors qu'il est affaibli par le soleil, Morbius est rongé par le remords et en arrive à désirer se constituer prisonnier ; mais la nuit, alors qu'il est de nouveau au maximum de sa puissance, il est plus que jamais déterminé à survivre quel qu'en soit le prix.


Par la suite, Morbius a été utilisé parallèlement dans deux publications : un comic petit format et en couleur, Adventure Into Fear ; et un magazine grand format en noir et blanc, Vampire Tales.



Steve Gerber, qui fut le premier scénariste d'Adventure Into Fear, est selon moi passé tout à fait à côté du personnage de Morbius. Et cela pour deux bonnes raisons. Premièrement, il n'a pas cherché à creuser la personnalité du vampire, se contentant de nous le présenter comme un personnage fade, artificiel, sans vie. Deuxièmement, il ne nous a pas montré les aventures de Morbius proprement dites ; en effet Gerber s'est ingénié à présenter le vampire comme une créature n'ayant aucun contrôle sur sa vie en faisant de lui un pion dans une guerre entre sorciers ou en le faisant participer contre sa volonté à un conflit entre extra-terrestres.


Doug Moench et Bill Mantlo, qui prirent la succession de Gerber, firent de Morbius une créature pitoyable, incapable de se maitriser et incapable de contrôler son existence. En effet, Morbius sert toujours de pion ou de victime, mais cette fois-ci on le voit longuement lutter de toute la force de sa volonté contre la soif maudite qui lui tenaille les entrailles et échouer souvent lamentablement.


Dans Vampire Tales, c'est encore un autre aspect de la personnalité de Morbius qui est exploité. Don Mc Gregor, puisqu'il s'agit de lui, nous le présente en effet comme un être résigné qui a accepté ce qu'il est devenu et qui a appris à vivre avec. En conséquence, on voit Morbius s'adonner à d'horribles actes de violence, il tue et massacre avec allégresse. Ayant accepté son sort, il n'essaie même plus de combattre sa soif et l'étanche volontier avec du sang issu de préférence de la gorge d'un criminel quelconque. Cela, si Morbius semble avoir totalement accepté son destin de monstre, il n'est pas disposé à laisser disparaître en lui toute trace d'humanité et c'est sans doute pourquoi il s'attache à une jeune fille qu'il doit continuellement défendre contre toutes sortes de danger.


Nous venons de voir que le personnage de Morbius a été interprété de bien des façons très différentes les unes des autres par de nombreux scénaristes. Mais ces scénaristes ont-ils utilisé tout le potentiel dont dispose Morbius. J'en doute.


Comme Morbius l'a dit lui-même dans un épisode d'Adventure Into Fear : "Il n'y a que deux choses qui me différencient d'un vrai vampire... ma religion et mes remords". Les remords ont bien été utilisés par Roy Thomas, mais la religion, elle, a été laissée à l'écart. La religion est en effet restée inexplicablement tabou dans les comics alors que le sexe et la violence ont timidement commencé à y apparaître. Il aurait pourtant été très intéressant de connaître les sentiments de Morbius sur le plan religieux.


La ligne d'action la plus évidente pour Morbius, et qui n'a cependant pas été utilisée, aurait été la recherche d'une cure pouvant le débarrasser de son vampirisme. Cela dit, je pense qu'il est bon que cette possibilité n'ait pas été utilisée, car les lecteurs auraient certainement eu une étrange impression de déjà vu, n'est-ce pas Docteur Banner ?



J'exprimerai enfin un dernier regret, c'est que Morbius n'est jamais rencontré Dracula. Cela aurait pu être grandiose car, au-delà de l'affrontement entre deux individualités, c'aurait été un affrontement entre deux mondes totalement opposés : une rencontre entre la Science et la Légende, une rencontre entre l'esprit rationnaliste et les superstitions. Il ne faut en effet pas oublier que Morbius n'est pas un vampire traditionnel mais un vampire scientifique (si j'ose dire). Cette caractéristique n'a, à mon avis, pas suffisamment été mise en évidence.
 

Voir aussi : Les albums de l'Araignée  /  Hulk  /  Roy Thomas  /  Steve Gerber  /  Bill Mantlo  /  She-Hulk (Galador 6)  / 
 
 
 



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