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X-Men


Une saga en quatre films qui a su renouer avec l'essence du comic X-Men : une touchante parabole sur la différence et les angoisses autour du corps. Par Léo Soesanto


 
Un futur pas si éloigné. Les X-Men sont des mutants nés avec des pouvoirs extraordinaires. Craints par la société, ils affrontent Magneto, autre mutant qui estime que ses pairs doivent dominer la race humaine.
 
L'argument est à la base des films de la saga X-Men, tirée des comics du même nom. En les adaptant pour les deux premiers volets, Bryan Singer ne s'est pas contenté de réaliser un simple spectacle hollywoodien et pyrotechnique. Il a choisi de prendre très au sérieux le sujet (comme pour son Superman Returns) et d'en reprendre l'essence: une parabole sur la différence. La BD fut créée à l'époque de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis et de ses dilemmes: Magneto, plus ambigu que vraiment méchant, serait ainsi un extrémiste à la Malcolm X, alors que le professeur Xavier, chef des X-Men, fait le rêve - à la Martin Luther King - d'une cohabitation pacifique entre humains et mutants. De la cause noire, la parabole s'est étendue à tous les exclus, aux minorités, homosexuels ou juifs (Singer reprend l'idée d'un Magneto survivant des camps d'extermination), bref l'Autre. Dans le premier X-Men, Singer situe ainsi l'enjeu de la bataille entre mutants autour de la statue de la Liberté et d'Ellis Island, point de transit des émigrés arrivés aux Etats-Unis.


 
Le corps du délit

Le film s'engouffre aussi dans la brèche ouverte par Spider-Man sur les peurs adolescentes quant au corps, à sa transformation. Certaines scènes dans les films suivants rappellent même des coming-out. Le personnage de Malicia, mutante qui ne peut toucher les autres sans les blesser, incarne ces angoisses. Notamment pendant une scène de premier baiser aux conséquences effrayantes. Les corps, la réalisation glacée de Singer fait presque mine de ne pas y toucher. Minimaliste, il en fait le moins possible avec ses mutants: les scènes d'action ou d'effets spéciaux sont plutôt brèves, éloignées de l'hyperbole asiatique ou du tape-à-l'oeil à la Matrix.
Comme pour s'excuser d'avoir été un peu sentencieux, Singer commettra une anthologique introduction (un mutant s'infiltrant dans la Maison Blanche) pour son X-Men 2, tout en délire cinétique. Le reste du film est dans le ton de cette scène, agité, dynamique.
 
 

Dans X-Men 3, Brett Ratner pousse jusqu'à la désintégration (littérale) ce motif du corps, de plus en plus trafiqué, remodelé à mesure de l'avancée des effets spéciaux. Un motif qui donne lieu à de très belles idées visuelles, poétiques. Certaines simples, d'autres extravagantes: la mèche de cheveux blancs de Malicia, le corps scarifié de Diablo, la capacité de Kitty à traverser les murs. Et bien sûr, il y a Mystique, capable de prendre l'apparence de n'importe qui: on pense à une Irma Vep moderne, sinueuse, qui semble plus danser qu'elle ne marche. Parmi les acteurs, on retiendra surtout les prestations de Patrick Stewart (Xavier) et Ian McKellen (Magneto), qui excellent à donner toute la substance requise à ces meilleurs ennemis de papier.


 
En 2011, le prequel de Matthew Vaughn nous ramène, lui, à une période où ces deux ennemis étaient amis, avant que le second ne parte en guerre contre l'humanité. L'esprit des Lumières de X, son rayonnement et sa subtile désinvolture d'enfant gâté mais raisonnable s'opposent au charme sombre d'Erik, pas encore Magneto, auquel Michael Fassbender prête sa cinégénie virile et ténébreuse. Quelque chose de fort et de profond (sur la difficile acceptation de soi, la tentation de retourner à la violence, le sentiment d'exclusion...) travaille le film. Et en même temps, un courant contraire, très pop, très léger, le traverse, lié aux années 60 où il se déroule, et lui donne son cachet particulier.
 


Les films:

X-Men (2000) de Bryan Singer.
X-Men 2 (2003) de Bryan Singer.
X-Men - L'Affrontement final (2006) de Brett Ratner.
X-Men - Le Commencement (2011) de Matthew Vaughn.


 
Article paru dans Les Inrocks Hors Série "La double vie des super-héros - Des Comics au cinéma".

 
 
 
 



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