Fantask 1 en PDF




 

Les comics américains dans la période 1955-1975

 

Si DC donne de nouveau le "la" de la seconde génération, le focus se fixe sur Marvel dès la création des Quatre Fantastiques et de Spider-Man. L'exploit est d'autant plus remarquable qu'au début des années soixante, Marvel était distribué dans les kiosques par une filiale de DC et était donc dépendant de son principal concurrent. Avant la fin des sixties, les héros Marvel (baptisés "héros à problèmes" en vertu du fait que tout ne leur réussit pas dans la vie) sont les nouvelles icônes de l'époque, avec déjà des dessins animés et d'autres produits dérivés qui font qu'ils sont reconnus par l'Américain moyen. Tout ce que touche Marvel ne se transforme cependant pas forcément en or immédiatement : ainsi, Hulk loupera son démarrage. Arrêté au numéro 6, il mettra des années à trouver sa vraie popularité. Autre succès mitigé : les X-Men, une équipe de mutants qui vivent dans l'ombre des vrais stars de Marvel. Mais, une fois le nouveau ton inventé, d'autres essayent de s'engouffrer dans la brèche. Après avoir lancé Spider-Man, c'est ainsi que le dessinateur Steve Ditko s'en va chez Charlton travailler sur Captain Atom et Blue Beetle. Wally Wood s'en va du Daredevil de Marvel pour lancer les Thunder Agents de Tower Comics. Avant d'aller chez Marvel, Jack Kirby était passé chez Archie Comics pour co-créer avec son compère Joe Simon une autre lignée de héros (comme le Fly). Néanmoins, bien avant 1975, Archie, Tower ou Charlton s'étaient essoufflés depuis longtemps, laissant le champ libre aux seuls deux "gros" : Marvel et DC. L'avenir semblait leur appartenir.

The Fantastic Four 12 avec Hulk

 

L'idéologie

 

C'est bien dans le domaine de l'idéologie que la mutation est la plus flagrante. Auparavant, les héros avaient toujours retranscrit l'image d'une jeunesse respectueuse. Robin était l'auxiliaire inconditionnel de Batman, par exemple. Dans cette nouvelle ère, il finit par décider qu'il est trop grand pour jouer les auxiliaires et plante l'Homme Chauve-souris, fort dépité, pour se concentrer sur ses études. La Torche des Fantastiques est tout sauf respectueux envers ses aînés, en particulier Ben Grimm (la Chose), et la liste des personnes constituant l'entourage de l'adolescent Spider-Man est bizarrement composée presque exclusivement de gens beaucoup plus vieux que lui (le Vautour, le Bricoleur, Docteur Octopus...). Ce nouveau comportement des super-héros annonce les événements de la "flower generation". Pendant que dans les campus des étudiants décident de ne plus faire comme papa et maman, les héros font de même dans les pages des comics. Autre évolution : la fin du manichéisme. Auparavant, les bons étaient bons et les méchants très, très méchants, doués d'aucune qualité. Stan Lee lance une nouvelle sorte d'ennemis nobles, qui sont effectivement méchants de leur plein gré (Docteur Fatalis, Magneto, etc.) mais qui contrebalancent par certaines faiblesses humaines (l'amour de Fatalis pour sa Valéria chérie ou ses tentatives pour sauver l'âme de sa mère, prisonnière en Enfer) leur mauvais côté. Parfois les menaces ne sont "méchantes" que par nécessité (comme Galactus qui tue des mondes non pas par plaisir mais pour survivre). Inversement, les héros ne sont pas tout "blancs" et font parfois preuve de certains défauts, comme ce tempérament impulsif qui caractérisera ceux de Marvel, toujours prompts à se jeter les uns sur les autres pourvu que cela procure une belle couverture.



 

Les créateurs

 

Voici un autre domaine où l'évolution est grande. Et pour cause : à la fin des années 30, ne se retrouvaient dans le circuit des comics queGil Kane les seuls dessinateurs et scénaristes, souvent débutants, qui n'avaient pu trouver de place dans des secteurs considérés plus nobles comme la publicité. En 1965, Jack Kirby avait déjà 30 ans de métier derrière lui et avait eu le temps d'expérimenter, de travailler son style, sa composition et ses situations. Il "ose" plus de choses, se lâche dans un ton plus carré, joue avec des montages à base de photos... Le dessinateur chez qui le phénomène est particulièrement marqué, c'est Gil Kane. Débutant comme une sorte de sous-Kirby dans le milieu des années 40, il s'épanouit dans cette seconde ère en maîtrisant des techniques à des années lumière de celles qu'il utilisait 20 ans plus tôt, intégrant des points de vue très dynamique où alternent de manière quasi-cinématographique plongées et contre-plongées. Kane fait d'autant mieux le lien entre les graphistes des années 40 et ceux des années 60/70 qu'il inspire de nouveaux venus comme Neal Adams ou Jim Steranko, lesquels portent encore plus loin cette dynamisation des pages. Côté scénario, les années 60 voient l'arrivée sur le marché d'une nouvelle race d'auteurs. Des gens qui lisaient des comics dans les années 40/50 et qui passent du statut de fans à celui de scénaristes, voire d'éditeurs-en-chef (comme ce sera le cas pour Roy Thomas). Des passionnés de BD (alors que pour certains de leurs prédécesseurs ce n'était qu'un travail, rien de plus), des gens qui depuis des années rongent leur frein, cultivent leurs idées en attendant d'avoir la possibilité de les appliquer. Quand on se replonge dans le courrier des lecteurs, il n'est pas rare d'y trouver des noms qui sont, depuis, devenus célèbres. DC, comme Marvel, sauront aller puiser leurs nouveaux talents dans ce vivier.



 

Le héros de l'époque

Spider-Man et Gwen Stacy

Spider-Man se distingue de la majorité des super-héros qui l'ont précédé par une certaine dose de "fatalisme". Peter Parker, à la base, c'est le "hard luck hero", le type qui n'a pas de pot et qui se rendra compte, même une fois sorti vainqueur de la bataille, qu'en définitive ses pouvoirs ne l'aident en rien face aux difficultés. Oncle Ben, la jolie Gwen ou le capitaine Stacy seront ainsi victimes d'avoir trop approché le destin de l'Homme-Araignée. De plus, la vie "civile" de Spider-Man, avec ses faux-airs de feuilleton soap, permettra, à travers les mœurs de Mary-Jane, Flash Thompson et les autres, de témoigner de la jeunesse dans les années 60/70.



 

L'équipe de l'époque

 

La Justice Society, puis la Justice League, fonctionnaient sur la base d'un club de gentlemen s'unissant en toute politesse pour lutter contre le crime. Les Quatre Fantastiques de Stan Lee et Jack Kirby étaient une famille plus unie mais perpétuellement prête à se chamailler. Figure tragique du groupe, la Chose luttait pour le bien tout en n'ayant comme seule récompense que le regard dégoûté de ses contemporains. Outre la volonté d'aller au-delà des apparences, de ne plus fonctionner avec de "beaux bons" et de "vilains affreux", le tandem Kirby/Lee se servit de la série comme pierre première de tout un univers.



 

Le vilain de l'époqueFatalis

 

Et puisque les bons pouvaient être laids, Stan Lee s'appliqua, réciproquement, à tracer le portrait de méchants qui n'étaient pas que des êtres noirâtres. Le Docteur Fatalis, ennemi principal des Fantastiques et personnage important pour tout l'univers Marvel, est certes défiguré mais, malgré tous ses défauts de tyran sanguinaire, il garde cependant plusieurs qualités humaines, comme l'attachement à ses sujets Latvériens, ses tentatives pour sauver de l'Enfer l'âme de sa mère... Au point que Marvel put se permettre à terme de lui donner ses propres aventures (Astonishing Tales).




 




 
 
Créé avec Créer un site
Créer un site