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Le superhéros français existe-t-il ?  1ère partie  (Article tiré du magazine Popcorn 13 d'avril 2015).



Alors que Marvel étend crânement son univers, le fantasme d'un superhéros français adapté sur grand écran reste bien présent. Mais cela est-il vraiment possible ? La France dispose-t-elle de figures et de budget suffisamment importants ? Popcorn confrontent les avis. 

                                                                                             Texte Kamel Bouknadel et Vincent Julé



Le superhéros français n'existe pas... car c'est une idée d'Amerloques ! En effet, dans l'imaginaire populaire contemporain, le thème même d'un héros doté de pouvoirs surhumains en costume coloré fait partie intégrante du folklore outre-Atlantique, ancré depuis des décennies. Un cinéaste qui se lancerait dans un film où un justicier masqué règlerait les problèmes du monde passés ou futurs serait vu comme un acte de soumission envers une sorte d'impérialisme culturel ou, du moins, envers les codes culturels américains.


Le contexte politique : un terreau fertile

Y a-t-il du vrai là-dedans ? Selon Xavier Fournier, rédacteur en chef de Comic Box, le superhéros, qui existe au moins depuis le XIXème siècle, trouve son origine dans l'instabilité de l'époque : "Un homme de 40 ans au beau milieu du XIXème siècle a pu avoir connu au cours de sa vie trois ou quatre changements de régime [...], et un type qui passait pour un saint au moment de l'Empire a de fortes chances d'être vu comme un pourri une fois la monarchie restaurée. Du coup, cette ambiance très parano est un terreau favorable à l'identité secrète qui est la base même du superhéros comme on l'entend aujourd'hui." Le comte de Monte-Cristo s'élève ainsi comme le premier superhéros par excellence. "Il est riche, personne ne le reconnaît alors qu'il n'avance pas masqué et sa thune, il s'en sert pour rendre sa justice. [...] Il est le personnage romanesque qui va donner naissance à un Batman car le succès de l'oeuvre d'Alexandre Dumas va dépasser les frontières", notamment aux Etats-Unis où de nombreux textes apocryphes sont édités (signés par un certain Alex Dumas !), créant une véritable franchise Monte-Cristo : "On y trouve le fils, la soeur, des sequels déjà... Pas le chien de Monte-Cristo, mais il faudrait vérifier." Sans aller jusqu'à affirmer que Dantès est le premier super-héros à avoir intégré l'imaginaire populaire, il est en tout cas une sorte de prototype, la première mouture au travail de Bob Kane sur Batman.


La bible du superhéros


De là à conclure que le superhéros est une idée française reprise à l'identique par les dessinateurs et scénaristes américains, il y a tout de même un monde. Certes, c'est dans l'Hexagone qu'un véritable vivier de figures héroïques est né et s'est développé, mais dans le cadre d'une production en dents de scie. D'autant plus que ces romans populaires (diffusés tout d'abord sous la forme de feuilletons) se voient très vite rattrapés par la réalité de l'époque. En effet, de véritables individus se baladaient masqués dans les rues de Paris pour tenter de réparer quelques méfaits. On n'est pas loin des Watchmen... Alors, oui, les héros hors norme ont existé dans la littérature française, la plus notable est Vega (début 1900) volant au-dessus de Paris grâce à ses ailes, dotés d'une ceinture de gadgets et de lunettes lui permettant de voir la nuit... Mais qui peut encore évoquer le souvenir des Chevaliers de l'étoile, de Mikros, de Coraline, de Démonax ou d'Atomas ? A vrai dire personne, et force est de constater que c'est au passé malheureusement que les Français parlent de leurs superhéros... Il faut dire que la France n'a pas eu la chance d'avoir l'équivalent de Marvel ou DC, c'est-à-dire une entité capable de créer des superhéros, de les faire évoluer (à la fois graphiquement et sur le plan thématique) pour qu'ils "collent" aux préoccupations de l'époque. En résumé, créer une figure mythologique pérenne et qui se transmet de génération en génération. Selon Xavier Fournier, "Batman a plus de 70 ans et l'Américain moyen qui lit Batman peut piocher dans la collection de son père comme celle de son grand-père. Ils partagent un héros, et c'est la même chose avec Superman".


Héros vs censure

Une difficulté de transmission qui aurait été fatale aux superhéros en France, souvent victimes de la censure car toujours en butte avec le pouvoir en place, qu'il soit purement politique ou religieux. Là où Superman et les Avengers véhiculent une image toujours positive de l'Amérique (entrecoupée bien sûr de quelques parenthèses dans les années 1970 ou actuellement) comme cette beigne de Captain America à Hitler, le héros français doit se confronter systématiquement à la censure. Rocambole fut ainsi interdit sous Napoléon III pour sa critique à peine voilée de l'Empire avant de déclencher la haine des curés au tournant du XXè siècle, qui voyaient dans ces personnages en costume une concurrence déloyale aux saints, en plus d'être une importation judéo-américaine (l'apport d'artistes juifs dans l'univers des superhéros n'est plus à démontrer).



Moyenne prod

Quid du cinéma dans tout ça ? Toutes ces attaques depuis le siècle dernier ont considérablement détruit un imaginaire pourtant vivace, sans compter le penchant (naturel ?) du cinéma français pour le drame intimiste et la comédie sociale plutôt que pour le cinéma de genre. "Mis à part Judex et bien évidemment le film de cape et d'épée, le cinéma français a très vite abandonné l'idée même d'un superhéros ou d'un justicier masqué, que l'on jugeait trop américaine, voire antifrançaise. C'est absurde ! Ainsi, tout le monde fait du cinéma de genre, sauf nous... " se lamente Christophe Gans, le seul réalisateur capable, selon Xavier Fournier et bien d'autres, de réactiver la figure du superhéros dans un long-métrage à gros budget. Même le rêveur et parfois fantasque Michel Gondry a conçu un projet similaire avec Moyen Man, contant l'histoire de superhéros... très moyens. Eric Judor, dès le début présent au casting, parle d'un "film révolutionnaire, sur un mec qui pense que savoir lacer ses chaussures est un superpouvoir. Plus sérieusement, notre but à Michel et moi était de réunir mon univers comique et ses trouvailles visuelles, et de les intégrer dans un film de superhéros avec des gens qui volent et des explosions partout. Et puis sont arrivées les lenteurs de la production française et la peur de pas mal de professionnels qui n'imaginaient pas un tel film se faire chez nous. Ensuite, Michel a dû travailler sur Eternal Sunshine et le projet a capoté, c'est vraiment dommage. Quelques années plus tard, j'ai vu Kick-Ass et j'ai trouvé ça mortel ! C'est sûr, on n'aurait jamais eu Nicolas Cage, mais notre idée s'en approchait".


                                                                                                                                                 A suivre...



 

Voir aussi : Le superhéros français existe-t-il ? (Partie 2) / Le Faucon Pélerin / Comics US L'autre World Wide Web / Studio Ciné Live HS 23Fantax  /
 
 
 



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