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Le psychiatre Fredric Wertham, auteur de "Seduction of the Innocent"
 

La censure aux Etats-Unis



En 1954, alors que l’âge d’or des super-héros touche à sa fin, un homme va leur donner le coup de grâce. Il s’appelle Fredric Wertham et il est psychiatre. Pour lui, l’amazone Wonder Woman est une lesbienne qui adore le bondage, Batman et Robin ont des relations ambigües à l’abri de la Bat-Cave et bien d’autres vices qui pervertissent la jeunesse. Il fait part de ses doutes dans un livre intitulé "Seduction of the Innocent", ce qui permet la création d’une enquête parlementaire mise en place par le Congrès.


Mais les éditeurs de comics prennent les devants. Pour garder un certain contrôle sur leurs publications, ils créent la Comics Code Authority (CCA). Au départ drastiques, les restrictions deviendront au fil des années beaucoup plus souples. Pour l’instant tous les éditeurs doivent passer par la case censure et aucun n’y échappe. Chaque histoire est décortiquée par la CCA. Si elle est validée, la revue affiche sur sa couverture le sceau du Comics Code Authority.


Le règlement de la CCA parait aujourd’hui ridicule :
Interdiction de représenter les policiers, les juges et les autres fonctionnaires pour ne pas décrédibiliser les autorités.
Le Bien doit toujours triompher du Mal.
La violence excessive est interdite.
Les vampires, les loups-garous, les goules et les zombies sont proscrits.
Les mots "horreur" et "terreur" sont interdits dans les titres des comics.
Le mot "crime" fait quant à lui l’objet de nombreuses restrictions.



Sont également interdites les perversions sexuelles, les relations non consenties ou illicites, le sadisme et le masochisme.



EC Comics, spécialisé dans les bandes-dessinées d’horreur et leader dans ce domaine (The Vault of Horror), voit son catalogue amoindrie à cause des restrictions de la CCA. Les super-héros n’échappent pas à la règle. Leurs aventures deviennent ternes et perdent de leur intérêt. La quasi-totalité ne va pas y survivre, à part Batman, Superman et Wonder Woman.



Dans les années 60, les stratagèmes pour passer à travers des mailles de la CCA se font de plus en plus nombreux. Marvel crée Morbius, un super-vilain avec les caractéristiques d’un vampire mais qui n’est jamais mentionné sous ce terme.


Dans les 70’s et plus précisément en 1971, le règlement de la CCA évolue : dorénavant les monstres sont autorisés s’ils font référence à des romans comme Frankenstein, Dracula ou des œuvres littéraires d’auteurs classiques comme Edgar Allan Poe, Saki ou Arthur Conan Doyle. Une évolution encore plus importante à lieu à la fin de 71, quand Stan Lee écrit une histoire de Spider-Man volant au secours d’un ami prit dans la spirale infernale de la drogue, à la demande du ministère de la santé de l’époque. A la stupéfaction de Stan Lee, cette aventure est refusée par la CCA. Stan Lee décide alors de la publier sans le sceau du Comics Code. A la suite de cet incident, la CCA est sommé d’assouplir ses règles. Après cet avertissement, les drogues ont le droit d’être citées dans les comics, à la condition qu’elles soient présentées sous leurs aspects négatifs.


The Amazing Spider-Man


Par la suite, c’est l’homosexualité qui aura le droit d’apparaître dans les comics (1989). Les nouveaux canaux de distribution auront raison de la CCA. Dorénavant distribués dans les comics shops et non plus dans les maisons de la presse, le pouvoir du Comics Code Authority s’affaiblit et finit par disparaître totalement. Marvel s’en affranchit en 2001 en créant son propre système de classification et en 2011, DC Comics et Archie Comics font de même. De plus de nouvelles maisons d’éditions visant un public adulte voient le jour, telles que Dark Horse, Fantagraphics, Image. Le Comics Code Authority a vécu. L’ouverture et l’évolution des mentalités ont eu raison de lui.

 
 


Voir aussi l'hommage à Jack Kirby, l'Age d'Argent des comics, Scarce 40, Les "comics" américains / Couvertures originales de Kirby, Les maisons d'édition de 1935 à 1955, l'âge d'or des comics, le courrier de Fantask 3, Bill Sienkiewicz, couvertures de Sienkiewicz, interview Semic, Des super-héros qui doutent d'eux-mêmes / Comic Box HS 3 /  Comics US L'autre World Wide Web  /  Les comics de 1955 à 1975



 

 
 



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