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Hommage à Jack Kirby paru dans le Strange Spécial Origines 301bis de janvier 1995Marvel Treasury Edition avec les Quatre Fantastiques

 

Jack Kirby  l'Homme, le Maestro

 

Jacob Kurtzberg (son vrai nom) est né à New York de parents autrichiens immigrés le 28 août 1917 dans le Lower East Side, un quartier pauvre où habitaient les communautés italienne, irlandaise et juive de Manhattan. Dans cet environnement plutôt morose, il connut vite la loi de la rue ; mais la lecture des "pulps" (magazines bon marché contenant des récits d'aventure et de fiction) puis le dessin prirent une importance prédominante.

 

C'est en 1933 qu'il dessine "K's konceptions", son premier "strip" (bandes avec quelques cases de dessins racontant une histoire courte ou un gag), pour le BBR Reporter, la lettre hebdomadaire d'un club de jeunes dont il faisait partie, et dont la fréquentation exerça d'ailleurs une influence certaine sur ses idées futures concernant les super-héros (sentiment d'appartenir à un groupe, esprit d'équipe...). En 1935, il entre comme "in-betweener" (l'artiste qui dessine les étapes intermédiaires entre les mouvements principaux d'un personnage) au studio d'animation de Max Fleischer, où il dessine principalement... Popeye ! C'est là qu'il acquiert l'expérience de la représentation des corps dans tous les mouvements possibles et imaginables ! Un an plus tard, il travaille pour le Lincoln Newspaper Syndicate où il dessine des strips, des illustrations d'articles sur la santé, la musculation... Dans le même temps, il crée un autre strip, "The lone rider", pour Associated Features Syndicate. Il réalise également trois autres strips pour la compagnie de S. M. Iger et Will Eisner, dont certains épisodes sont rassemblés dans la revue "Jumbo Comics" chez Fiction House (notamment, l'adaptation du "Conte de Monte Cristo"), faisant de Jack le premier artiste à être publié dans un format "comic book". Sa production est déjà telle qu'il apparaît parfois à plusieurs reprises dans un même journal, sous des noms d'emprunt différents : Ted Grey, Richard Lee, Teddy, H. T. Helmo, Jack Curtiss, Lance Kirby...

1938 marque le début des comics de super-héros avec la création, par Jerry Siegel et Joe Shuster, de Superman, dans "Action Comics" de l'éditeur DC (d'après leur titre "Detective Comics"). L'année suivante, c'est au tour de Jack, qui a quitté Lincoln pour rejoindre Fox Feature Syndicate, de lancer avec Joe Simon son premier titre de super-héros, "The blue bolt", pour Novelty.


C'est en effet à la Fox qu'il a rencontré celui qui allait devenir son compère et mentor. Lorsque Joe est embauché par Martin Goodman, le dirigeant de Timely Comics (qui allait devenir Atlas en 1951, puis Marvel, en 1963), Jack ne tarde pas à le rejoindre – il a entre temps choisi son pseudo définitif, Jack Kirby. Ce qui ne les empêchera pas de fournir certaines de leurs inventions à d'autres éditeurs ! En quelques années, tous deux allaient inventer tous ce qui différencierait les comics des strips des journaux (entre autres, les pleines pages, les doubles pages...). Mais la guerre éclate, et Martin Goodman, comme beaucoup de jeunes de sa génération, éprouvent le besoin de voir un héros mettre un terme à la folie hitlérienne ; Jack et Joe l'inventent : c'est Captain America. Nous sommes en mars 1941. Le succès est fulgurant : près d'un million d'exemplaires vendus !

Un jeune encreur, Syd Shores, vient alors étoffer l'équipe des trois permanents qui constitue alors Timely ! Jack, lui, prend le titre de directeur artistique. La vitesse à laquelle il dessine est prodigieuse, et explique aussi selon lui les distorsions très particulières de ses perspectives, qui feront la marque de son style. Peu après, Stanley Martin Lieber, alias Stan Lee, est engagé par son cousin Martin Goodman comme assistant pour les deux artistes de la maison ! Mais à la fin de l'année 1941, Joe et Jack quittent Timely, Martin Goodman leur reprochant leur travail pour d'autres compagnies, tandis que le duo, de son côté, se plaint de ne pas recevoir assez de bénéfices du succès de "Captain America".

En 1942, Jack se marie avec Rosalind Goldstein, qui sera sa compagne toute sa vie et dont il aura trois filles, Susan, Barbara, Lisa, et un fils, Neal. L'attaque de Pearl Harbor plonge alors les Etats-Unis dans le conflit, et Jack est mobilisé en 1943.

Il sert à Metz dans la 3ème armée du Général Patton, et ce sera à qui, des Allemands ou des Texans qu'il côtoie, aura sa peau en premier !

Après la guerre, nous retrouvons Jack chez Harvey Comics, où il dessine "Stuntman", "Boy Explorers", "Boys Ranch" , puis chez Prize Publications avec "Fighting American" (une version satirique de "Captain America"), et "Young Romance". Associé à Joe, il introduit en effet en 1947 un nouveau genre, le "romance comic", qui remportera un grand succès et qu'il poursuivra avec "My date", pour Hillman. Nantis de leur popularité, Jack et Joe, vers le milieu des années cinquante, décident de s'associer et de se lancer dans l'édition : c'est le début de Crestwood Studios, auquel on devra "Bull's-eye", "Police trap", "In love", "Foxhole"... Aux côtés de Joe, Jack progresse à une vitesse fulgurante, car il ne lui impose aucune contrainte. George Roussos, qui avait encré les décors des premiers épisode de "Captain America", rapporte que Joe empêchait même son ami d'utiliser sa gomme, de façon à ce que, dès le premier jet, Jack acquière l'assurance que son travail était le bon. Un jeune encreur, Jack Abel, raconte également quelle fut sa stupéfaction en voyant Kirby croquer un personnage non pas en lui donnant une allure générale par des petits cercles avant de travailler les détails, comme le voulait la technique traditionnelle, mais en commençant par lui dessiner les pieds et en remontant ainsi jusqu'à la tête ! Et, au final, le personnage était parfait et avait le mouvement exact requis !

 


Malheureusement, cette période est marquée par la croisade d'un psychiatre newyorkais, le Dr Fredric Wertham, contre les comics, qu'il accuse d'être à l'origine de la délinquance juvénile (!). Son rapport, "Seduction of the innocent", entraînera la mise en place par les éditeurs eux-mêmes du Comics Code Authority chargée de donner son aval à la publication d'une série, et également la chute de Crestwood, l'industrie des comics ayant subi l'assaut de plein fouet. Le tandem se sépare donc. Jack travaille pour divers éditeurs, entre autres pour Archie Comics avec "The fly", "The double life of Private Strong" ; il crée également un strip pour Quality Comics, "Sky masters", encré par Wally Wood, qui sera sa dernière contribution à un journal. Puis il entre chez Atlas Comics. Nous sommes alors à l'aube des années soixante.


Jack retrouve donc Stan Lee, qui est devenu entre temps responsable éditorial et scénariste. Stan aime à rappeler que Jack ressemblait à un boxeur, un cigare toujours vissé aux lèvres, perché sur sa table à dessin et parlant ou plaisantant tout en travaillant ! Ensemble, les deux hommes vont démarrer l'une des plus remarquables et fructueuses collaborations de l'histoire des comics. Ils produisent tout d'abord des histoires de monstres avec les titres "Strange Tales", "Tales to Astonish", "Journey into Mystery", "Amazing Adventures" (encrés dans leur majorité par Dick Ayers, qui interviendra plus tard aussi sur les séries de super-héros), des westerns, des aventures romanesques. Puis Stan, désireux d'insuffler une nouvelle vie aux super-héros, crée l'évènement de la décennie (qui allait d'ailleurs se prolonger durant les suivantes!) avec la sortie, en novembre 1961, du premier numéro des "Fantastic Four". (Pour l'anecdote, c'est Martin Goodman qui suggéra à Stan Lee la naissance d'une équipe, afin de concurrencer la série à succès de DC "Justice League of America" !).

 
Cette date marque l'avènement qu "Marvel age of comics", qui allait bouleverser le genre et assurer la prédominance de Marvel. Dans la foulée des FF, dont Jack dessinera plus de cent épisodes, sortent "The Incredible Hulk", en mai 1962, "The Mighty Thor", en août, "Ant-Man", en septembre, "Sgt Fury and his Howling Commandos", en mai 1963 (qui deviendra "Nick Fury, agent of SHIELD", en août 1965), "The Avengers" et "The X-Men", (voir aussi Cyclope), en septembre, "The Silver Surfer", en mars 1966... sans parler de la pléiade de personnages nouveaux qui enrichira ces séries : Dr Doom, the Inhumans, the Black Panther, Galactus... ! Quant à "Spider-Man", il sera dessiné par Steve Ditko mais Jack et Steve réalisent ensemble la couverture du premier épisode qui paraît dans "Amazing Fantasy" 15 août 1962. Il en sera de même pour "Iron Man", dont Jack dessinera la première couverture avec Don Heck, l'artiste en titre de la série. Et c'est Jack qui concevra le premier costume de ces deux personnage
 
 
Stan et Jack font même revivre Captain America en novembre 1964, qui avait cessé de paraître en février 1950 et n'était que brièvement réapparu depuis ! Pour tous ces personnages, Jack invente une nouvelle vie : les origines de leurs pouvoirs sont expliquées de façon presque rationnelle ; ils deviennent des individus dotés d'une vie personnelle, de faiblesses, leur personnalité est tiraillée entre leur mission de héros et leur vie "normale". L'alchimie qui fait fonctionner le duo Lee / Kirby est magique. Flo Steinberg, l'assistante de Stan à l'époque, raconte que lorsque les deux compères élaboraient une histoire ensemble, on entendait vite de drôles de bruit sortir de la pièce où ils se trouvaient : ils jouaient littéralement l'histoire, sautant sur les bureaux s'il le fallait ! Stan le confirme : "On se donnait des idées. On se marrait parce que Jack avait tellement d'imagination qu'après un moment, c'était la surenchère ! On criait de plus en plus fort : "Et si on faisait ça ?", "Ou bien ça ?". De même, John Romita Sr se souvient que Stan les ramenait, Jack et lui, chez eux, et qu'ils discutaient sans relâche de telle ou telle intrigue ! Il faut dire que Stan, qui avait bien sûr eu l'occasion de rencontrer d'autres artistes de haut niveau, avait vite réalisé le potentiel de Jack, sa rapidité, la consistance de son travail, quelle que soit la difficulté. Il dessinait tous les genres avec la même aisance, produisant plusieurs planches par jour, toujours parfaites, imaginatives. Sa capacité incroyable de décrire des histoires influençait -et continue à le faire- tout le monde dans le milieu des comics : ses mises en page, ses costumes, ses perspectives, ses scènes d'action, les poses de ses personnages, tout était réalisé de façon magistrale. Stan donnait à Jack l'idée générale, le point culminant de l'histoire, et le laissait faire ! Jack revenait avec un travail superbe, des points de vue originaux, et Stan écrivait alors les dialogues de façon à mettre en valeur la qualité de son art. Avec le temps, Jack eut la possibilité de développer ses propres intrigues, mais Stan tint toujours à écrire le texte : il voulait être associé à ce phénomène rare qui leur permit de produire certaines des séries les plus mémorables de l'histoire des comics.


Hélas, un différend oppose Jack à Marvel, le premier considérant que l'importance de sa contribution au développement de la compagnie n'est pas assez reconnue. Jack décide donc de partir en 1970. Il rejoint DC, pour qui il avait déjà créé pendant la guerre "Boys Commandos", "Newsboy Legion", puis "Challengers of the unknown", dans les années 50, et lance en 1971 les séries "Forever People", "New Gods", "Mr Miracle", "Superman's Pal Jimmy Olsen", regroupées sous le titre générique de "Fourth World Titles". Mais ces titres ne dureront que deux ans environ. Peu importe, Jack en crée d'autres : "Kamandi", "OMAC", "The demon", "Sandman", "Madhunter", "The losers". A la fin de son contrat chez DC, en 1975, Jack revient chez Marvel et produit "The Eternals", "Machine Man", "Black Panther", "Devil Dinosaur" ; il retravaille un temps sur "Captain America", et crée également une suite à "2001 : a space odyssey". Mais surtout, Jack et Stan se retrouvent pour donner naissance en 1978 à "The Silver Surfer", une histoire de 100 pages publiée chez Simon & Shuster et qui préfigurera la collection des "graphic novels". Le retour ne dure pas : Jack réclame la restitution de ses planches originales, que Marvel conteste, ce qui entraîne de nouveau son départ fin 1978.

Il s'oriente alors vers le dessin animé et travaille sur les "Fantastic Four", "Thundarr the Barbarian", "Plastic Man", "Mr T". Il est consultant pour les studios Hanna-Barbera, puis pour Ruby-Spears, compagnie fondée par deux anciens illustrateurs de Hanna-Barbera. Il crée de nouveaux concepts pour Pacific Comics avec "Silver Star", "Captain Victory", ouvrant la voie aux artistes qui comme lui souhaitent avoir le contrôle de leur œuvre. Du côté de Marvel, ce n'est qu'en 1987 que Jack parviendra à un accord à l'amiable : mais il ne récupèrera qu'une petite partie de ses planches.


Durant ces dernières années, Jack a continué à apporter son talent à bien des projets. Entre autres, il a réalisé des "trading cards" pour Dark Horse sur le personnage de Madman, sur Luke Skywalker et Darth Vader pour la série de cartes "Star Wars Galaxy II" ; il a dessiné deux épisodes de "Phantom Force", une nouvelle série qu'il avait imaginé dans les années 70 déjà, pour Image Comics (la série a ensuite été reprise par Genesis West Comics avec des couvertures seulement de Jack). Sans parler de l'influence qu'il exerce encore et toujours dans le monde du comics : ainsi, la ligne "Kirbyverse" de Topps Comics (comprenant le nouveau titre "Victory"), est directement construite à partir de concepts de Jack ; de même, le dessinateur Alex Ross, qui a peint la magnifique œuvre "Marvels" (que nous avons éditée en fin d'année) s'est inspiré du dessin de Jack pour représenter la Chose.

 
 
Comment, au vu d'une si belle et imposante contribution artistique, aurions-nous pu imaginer qu'elle aurait un jour une fin ? Car ce jour fatidique, le 6 février 1994, est arrivé : Jack, terrassé par un infarctus, s'éteignait chez lui, à Thousand Oaks, en Californie. Tous ses amis, ses admirateurs, qu'ils soient de la première heure ou de date récente, tous ses personnages, se sont unis en une seule pensée pour lui rendre hommage et l'assurer à jamais de leur affection. Car malgré l'absence physique de Jack, son génie, son amour d'autrui, sa philosophie demeurent, avec une idée simple et pourtant si révélatrice de sa conception des capacités humaines : "L'esprit est un missile. Il faut que chaque homme prenne sa propre mesure en l'envoyant aussi loin que possible. Il aura toujours quelque chose de nouveau et d'encourageant à ramener."
 

Pour ce bel héritage, merci, Mr Kirby.

 



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