Avant-première    (2ème partie)     Article paru dans le Scarce 43 du printemps 1995.


 
Iron Fist 15

 
Graphiquement, la bande explose littéralement sous l'impulsion d'un John Byrne motivé. L'artiste jouit d'une petite réputation acquise dans le fanzinat local et à l'occasion de ses premiers travaux professionnels, notamment chez Charlton (Dommsday + One et Rog-2000, récit de complément figurant en fin de quelques numéros de E-Man). Tranchant avec le style de ses prédécesseurs, John Byrne nous offre des dessins clairs et aérés, sa mise en page d'une étonnante fluidité et d'un réalisme saisissant ramenant le lecteur à la première apparition du personnage, alors que Gil Kane et Dick Giordano le portaient sur les fonds baptismaux. Malgré les bons soins d'encreurs aussi différents qu'Al McWilliams, Frank Chiaramonte, Dan Adkins puis Dan Green, Iron Fist parvient à conserver son unité graphique, cohésion garantie par un John Byrne d'autant plus efficace et vigilant qu'il sait jouer sur ce seul titre tout son avenir professionnel. Docile, il se plie aux exigences d'un scénario qui le laisse à peu près libre de tous mouvements et lui permettent de dessiner successivement Iron Man, Captain America et les X-Men (autant de personnage dont il animera par la suite, à un moment ou à un autre, les périodiques), jusqu'à Sabretooth, l'ennemi héréditaire de Wolverine, qu'il crée graphiquement pour les besoins de Iron Fist 14.



Balloté entre terroristes internationaux et narco-trafiquants, poursuivi par un mystérieux agresseur venu de K'un-Lun, amoureux transi par sa brutale rupture d'avec Misty Knight, Iron Fist a tout juste le temps de régler quelques affaires en cours avant que sa série ne soit subitement interrompue (Iron Fist 15 - septembre 1977). La mode des kung-fu fighters a fait long feu et tout le monde remballe précipitemment ses affaires. Si, loin du monde agité des super-héros, Shang-Chi poursuit clopin-clopant une carrière (d'ailleurs plus orientée vers l'espionnage ou le genre policier) qui le conduira jusqu'en juin 1983, Deadly Hands of Kung-fu disparaît en février 1977.


Dans le cas d'Iron Fist, les choses se feront toutefois plus méthodiquement puisque le subplot initié par Claremont dans les pages d'Iron Fist trouve sa résolution dans les Marvel Team-up 63 et 64, tous deux dessinés par Byrne, cette fois encré par Dave Hunt. De plus, le personnage, et ses supporting characters, sont associés de façon permanente à Luke Cage (Power Man 48 et suivants) dont la série est rebaptisée Power Man and Iron Fist à partir de son numéro 68. On note qu'une fois encore, Claremont et Byrne se retrouvent au moment de la transition (Power Man 48-50) comme si, jusqu'au bout, ils avaient souhaité jouer les fées bienveillantes sur un personnage pour beaucoup dans l'évolution de leurs carrières respectives et conjointes.



Enfin, la présence continue d'Iron Fist dans l'univers Marvel permettra aux lecteurs, mais aussi à quelques auteurs en manque d'inspiration, de garder un certain contact avec l'environnement du personnage et notamment les habitants de K'un-Lun, dont les origines seront finalement révélées au numéro 100 de Power Man and Iron Fist. Les derniers numéros de la série, qui débouchent sur la mort d'Iron Fist (125 - septembre 1986), font d'ailleurs principalement appel à ce mythe largement sous-exploité depuis son introduction chez Marvel.


De toute évidence, John Byrne, devenu vedette à part entière, conservera longtemps la nostalgie de cette époque magique, au point que, lors de son retour chez Marvel après un passage chez DC, l'un de ses projets consista justement dans la reprise du personnage. Réintroduit dans les pages de Namor, the Sub-Mariner, dont Byrne est alors scénariste et dessinateur, Iron Fist connaît donc quelques aventures dans Marvel Comics Presents, ce en attendant le lancement d'une nouvelle série, où mini-série, qu'aurait pu assurer Byrne lui-même. A l'époque, les rangs des fans frémirent d'impatience à l'idée d'une telle reprise qui aurait pu avoir les mêmes effets que ceux induits par le revamping qu'il fit de Superman. Malheureusement, la magie ne fut pas au rendez-vous ou n'eut pas le temps d'agir, John Byrne se repliant, après moults déboires éditoriaux, chez Dark Horse pour qui il développera sa nouvelle bande, John Byrne's Next Men (au moins, il n'y a plus de doute quant à la paternité des personnages !), et travaillera au concept de Legends, la compagnie abritée par Dark Horse et dont il est aujourd'hui l'un des principaux fers de lance.

                                                                                                                
                                                                                                                    Yvan Marie


 

Voir aussi : Byrne et Iron Fist (1) / L'âge de bronze / Chris Claremont / Comic Box 4 / Couvertures de Byrne / Alpha Flight / Gil Kane / John Byrne / Les Champions / Les comics américains / Namor / Sgt Fury and his howling commandos / Spécial Strange / Voici venir les Avengers (1) /
 
 
 



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