Comics Lug
 




Comics-Lug sur Facebook                                                                                                                           Qui était Lug ?     Glossaire des Comics      Index Alphabétique     CONTACT 

 
 

Article paru dans Spidey 100 de mai 1988Spidey 100


 

Walt et Louise Simonson vous disent tout, tout sur Facteur-X




Tout va bien pour Facteur-X, la série vedette de Marvel – et de Spidey – mettant en scène les anciens X-Men. Louise Simonson, qui fut pendant longtemps rédactrice en chef des X-Men et des Nouveaux Mutants, et plus récemment créatrice et scénariste de Puissance 4, et son mari Walter Simonson, qui s'est occupé notamment de Thor, ont pris en main le destin de Facteur-X. A l'occasion de la centième de Spidey, Lug présente un long extrait d'une interview que le couple a donnée à un fanzine américain. Une occasion pour les lecteurs de Spidey d'entrer dans le secret des artistes... et de leurs héros préférés  !



Peter Sanderson  : Pourquoi avez-vous décidé de vous occuper ensemble de Facteur-X  ?

Walt Simonson  : Pour l'argent (rires). Je suis un vieux loup de la bande dessinée, et je me trouvais, disons... sous-payé (rires). Et si ma femme continue à travailler aussi bien, je vais pouvoir prendre ma retraite.


Peter  : Que pensez-vous de la polémique au sujet de la tactique de Facteur-X consistant à se faire passer pour des humains chasseurs de mutants, puis à entraîner ces mutants dans le but de faire d'eux des êtres humains «  normaux  », du moins en apparence  ?
Walt  : Je peux  ?
Louise Simonson  : Je t'en prie.
Walt  : Je crois que c'est cette ambiguïté qui est à la base de l'histoire, c'est elle qui alimente le scénario. Et nous n'avons encore utilisé qu'une petite partie de ce potentiel.
Louise  : C'est vrai  ! En fait, en créant Facteur-X, on était loin d'imaginer où cela nous entraîner. A présent, l'histoire s'écrit presque d'elle-même.



Peter  : Pensez-vous que Facteur-X fasse fausse route en abordant le problème mutant de cette manière  ?
Louise  : Je pense que Facteur-X a perdu la tête. Mais il y a une raison à cela, et nous la trouverons. Les lecteurs la connaissent peut-être déjà...


Peter  : Et les membres de Facteur-X eux-mêmes  ?
Louise  : Ils ignorent tout. Mais ils commencent à se poser des questions. Il y a des indices.
Walt  : En tout cas, ils ne trouveront pas avant quelques numéros...
Louise  : Pas avant que nous ayons exploité à fond le personnage d'Angel, puis celui de Scott.
Walt  : Ils vont avoir des problèmes plus immédiats à régler. Ce n'est qu'après qu'ils verront plus clair et comprendront ce qui se passe autour d'eux.
Louise  : Tout d'abord, il faut qu'ils affrontent Apocalypse et les quatre cavaliers...



Peter  : Peut-on penser que dans un an, Facteur-X aura beaucoup changé  ?
Louise  : On l'espère...
Walt  : Une chose est sûre, dans les mois à venir, la situation va se dégrader très vite.
Louise  : Nos héros referont surface, mais devront d'abord subir des épreuves douloureuses.


Peter  : Ne craignez-vous pas que la série ne deviennent franchement déprimante  ?
Louise  : Ohhh...


Peter  : Angel est sur le point de perdre ses ailes.
Walt  : Ce n'est rien à côté de ce qui l'attend  !
Louise  : (Rire)
Walt  : Achetez plusieurs numéros, bientôt, vous verrez, les collectionneurs s'arracheront cette revue  !
Louise  : Clink, clink, clink, clink, clink  !
Walt  : (rire)
Louise  : C'est le bruit des sous  !
Walt  : Ca me rappelle "Money" des Pink Floyd...
Louise  : De quoi parlions-nous  ?
Walt  : Je ne sais pas. J'étais subjugué par le bruit des dollars (rire).


Peter  : Donc, dans douze numéros, Facteur-X sera différent.
Louise  : C'est difficile à dire aujourd'hui. Parfois, une histoire pour laquelle on avait prévu un épisode en prend deux ou trois. Ce qui est sûr, c'est qu'il va y avoir de gros bouleversements. Qui peut dire si, sous sa forme actuelle, Facteur-X pourra survivre longtemps  ?
Walt  : Personne...
(…)


Peter  : Au départ, les X-Men n'étaient qu'une bande de gamins dotés de super-pouvoirs. Aujourd'hui, vingt ans ont passé, ce sont des adultes, et ils sont confrontés à de très graves problèmes.
Walt  : C'est exact. Le Fauve et Angel voient leurs pouvoirs s'accroître dangereusement. Ils seront peut-être remplacés par d'autres héros moins "menaçants".



Peter  : Donc, les malheurs d'Angel laissent-ils présager son départ... ou bien augurer d'un avenir plus souriant...  ?
Louise  : Voyez plus haut.



Peter  : Après Angel, c'est le Fauve qui va avoir des ennuis  ?
Walt  : C'est possible. Mais là, nos projets ne sont pas encore très précis.
Louise  : Moi j'ai une idée. Je sais ce qu'on va faire du Fauve.
Walt  : C'est formidable les interviews... les idées lui poussent comme ça, regardez, elle a une bulle au-dessus de la tête  !
Louise  : Le Fauve va subir une opération chirurgicale importante, au sens figuré s'entend.


Peter  : Pour Angel, c'est au sens propre.
Louise  : C'est sûr  !
Walt  : Pauvre Warren. Remarquez, il a eu du bon temps... l'argent, les filles...
Louise  : Mais à présent, il n'a plus rien, ni argent, ni filles, ni ailes...
Walt  : Ca va être dur.

Peter  : Sa personnalité va-t-elle évoluer  ?
Louise  : Nous lui retirons ce qui a fait de lui un heureux et riche play-boy, personnalité qui n'était en réalité qu'une façade. Personne ne connaît le vrai Warren, ni ses motivations profondes. C'est ce que nous essayons de découvrir.


Peter  : Et son physique  ?
Louise  : Il a déjà les ailes en moins, et on va peut-être toucher au visage.



Peter  : Et la personnalité du Fauve  ?
Louise  : Je l'aime bien tel qu'il est. Le groupe va évoluer et aura besoin d'un personnage équilibré comme lui. Il est une valeur sûre, stable, sur qui on peut se reposer.
Walt  : En plus, il a le sens de l'humour, et il est très clairvoyant. Son influence est très bonne sur le groupe.
Louise  : Pendant que l'histoire se focalise sur Angel et Scott parti retrouver Maddie en Alaska, c'est le Fauve qui a la charge des mutants hébergés au Q.G. Il se révèle un très bon meneur d'hommes, habile et autoritaire, qualités qui manquent parfois aux autres membres de Facteur-X.


Peter  : Et Iceberg  ?
Louise  : Je ne suis pas encore très fixée à son sujet. Il faut attendre. Pour l'instant, c'est un jeune homme émotif et épris de justice. C'est un esprit qui voit les choses de manière simple, mathématique, avec parfois une tendance au manichéisme. Il perçoit assez mal les nuances.
Walt  : A vingt ans, on a des principes très arrêtés, on croit avoir tout compris, que les autres sont tous des idiots. Tout le monde passe par ce stade.
Louise  : Et on admet mal que les autres puissent penser différemment. On est persuadé de détenir la vérité.
Walt  : Tout à fait.
Louise  : Iceberg est un tempérament passionné, exalté. Ses réactions lui sont dictées par ses sentiments plus que par la raison. Mais il sait se ressaisir lorsqu'il sent qu'il a été trop loin. Il est très attachant et plus je le fréquente, plus je l'aime.


Peter  : Mais l'histoire de Facteur-X est tout en nuances...
Walt  : Oui, et ça lui pose des problèmes.
Louise  : Les lecteurs ont peut-être remarqué qu'il est très inquiet à ce sujet. C'est même le membre de l'équipe qui y pense le plus.


Peter  : Avec Jean et Scott, vous touchez à ce que les aficionados considèrent comme L'Histoire d'amour de Marvel.
Louise  : Nous sommes à un point crucial. Scott est marié maintenant.


Peter  : Et Jean le sait.
Walt  : Oui, cette rousse sans cervelle a fini par comprendre.
Louise  : Parole malheureuse. On va recevoir une avalanche de lettres d'insultes  !


Peter  : Que ressentez-vous à traiter cette affaire compliquée  ?
Louise  : Tant que cela durera, tout le monde sera très malheureux.



Peter  : Dans la BD ou dans la vie  ?
Louise  : Non, dans la vie, j'aime que mes amis soient heureux, mais dans mes histoires, tous les personnages sont malheureux. En fait, c'est le problème de Scott, pas celui de Jean, puisque c'est lui qui s'est marié alors qu'il l'aimait encore. Scott est un garçon très droit, direct, fier, et je pense que ce n'est pas seulement Jean qui l'a attiré à New York, c'est aussi Facteur-X, la perspective de commander, de faire partie d'une équipe... comme Walt et moi  !


Peter  : Scott aimait-il vraiment Madelyne, où était-ce Jean qu'il voyait à travers elle  ?
Louise  : Je crois que Madelyne n'a jamais été qu'un substitut de Jean pour Scott. Et ce qui renforce sa torture morale, c'est qu'il a un fils avec elle. En plus, le fait de quitter Madelyne est moralement répréhensible. Il a écouté son cœur, et depuis, il se débat dans un dilemme inextricable.


Peter  : C'était un choix entre le devoir et l'amour.
Louise  : Oui.
Walt  : Nous allons l'aider à résoudre ses problèmes dans un avenir assez proche. Mais je ne sais pas si ça vous plaira  ! (Rires)
Walt et Louise  : Une glace  ! Une glace  ! Une glace  !


Une tournée de glace plus tard...

Peter  : Comment Scott va-t-il réagir face à ce déchirement intérieur  ? Ses qualités de leader l'aideront-elles à s'en sortir  ?
Louise  : Oui et non.
Walt  : C'est pas une réponse.
Louise  : Il s'en sortira, mais pas indemne.
Walt  : Il est très fort.
Louise  : En fait, ce qui va se passer, c'est...
Walt (un peu déçu)  : Tu deviens sérieuse  ?
Louise  : Oui. Le numéro 14 parle de la programmation. Le Moule Initial EST Steven Lang. C'est un robot, son comportement est programmé. Scott est un "robot" programmé par Xavier. Il y a aussi un policier programmé par la loi.



Peter  : Mais Scott est plus qu'un robot.
Louise  : Eh bien... disons qu'à ce stade de l'histoire, il est en train de se demander qui tire les ficelles, lui ou un autre  ? Est-il maître de son destin  ?


Peter  : En d'autres termes, il remet en question la façon dont il a été entraîné.
Walt  : Acte délibéré ou prédestination  ? A vous de décider.
Louise  : Il commence à s'identifier au Moule Initial.


Peter  : Et Jean, celle qui possède – d'après Cindy Southern – le pouvoir de séduire tous les hommes  ?
Louise  : Et de les détruire.
Walt  : Mazette, quel pouvoir  !
Louise  : Je pense qu'il lui reste quelque chose du Phénix Noir. Il est sûr que son pouvoir de séduction est quelque peu maléfique. Mais quand on a son visage, son corps, peut-on ne pas être séductrice  ? Et d'ailleurs, nul besoin d'être mutant pour ça, n'est-ce pas  ?


Peter  : Elle risque de basculer dans le stéréotype du sexe symbole.
Louise  : Allons-y, parlons de sexe et de mort  !
Walt  : C'est notre métier de créer des symboles, ne l'oublie pas.


Peter  : En fait, Jean est une mante religieuse, elle ne peut s'empêcher de détruire les hommes qu'elle aime.
Louise  : Attendons de voir ce qu'il adviendra de son prochain soupirant. Regardez Angel, regardez où en est Scott à l'instant où je vous parle. Qui sera le suivant  ? Iceberg  ?
Walt  : Il a encore la fougue de la jeunesse...
Louise  : Nous envisagions la destruction de Facteur-X, eh bien voilà un excellent moyen d'y parvenir. Qu'ils tombent tous amoureux de Jean  !


Peter  : Comment Jean prend-elle l'accusation de Candy  ?
Louise  : Ca c'est un problème.



Peter  : La personnalité de Jean semble parfaite.
Louise  : Pourtant on m'a souvent reproché d'avoir fait d'elle une garce. Mais c'est bien plus drôle que si elle était gentille. Elle a une grande force de caractère. Récemment, les événements l'ont rendue irritable, c'est vrai. On verra comment elle évolue. Mais je m'amuse bien avec elle.


 
 
 



Créer un site
Créer un site