Fantask 1 en PDF
Comics-Lug sur Facebook




 

Un type en Colan (Comic Box 1 Eté 2005)    1ère partie     [Gene Colan est décédé le 23 juin 2011 dans le Bronx]


Gene Colan

 

Soixante ans de carrière et toujours d'attaque ! Gene Colan est un de ces monstres sacrés des comics qui ne renonce jamais. Et heureusement ! Aussi à l'aise dans le genre horreur que dans la comédie, l'artiste qui nous a donné quelques uns des plus beaux morceaux de Daredevil et de Tomb of Dracula ne semble pas vouloir s'arrêter en si bon chemin. Magnéto...

 

Vous avez commencé à dessiner des comics dans les années 40, pour le compte de nombreux éditeurs, mais vous n'avez élu domicile chez Marvel que dans les années 60. Pourquoi avoir mis si longtemps à trouver le bon endroit et pourquoi Marvel ?

J'ai réellement commencé à dessiner dans un endroit appelé Snitchin'House, avant d'être appelé pour le service militaire. C'était une petite maison d'édition. J'y ai débuté en même temps que Murphy Anderson. Nous étions des gamins, on ne connaissait rien au métier. Mais nous en avions certainement fait assez pour mériter leur confiance, et nous y avons passé des heures. Ensuite, à 19 ans, j'ai été appelé, ce qui m'a pris tout mon temps, jusqu'à ma démobilisation en 1946. J'étais dans l'Air Force, aux Philippines, dans les Forces d'occupation juste après la guerre. Et puis, je suis rentré, je vivais dans ma famille. Je ne savais pas bien quel travail j'allais pouvoir me trouver mais je ne pensais qu'aux comics. J'ai été voir DC mais ils n'ont pas voulu de mon travail, alors j'ai été voir Stan (ndlr : Lee) chez Marvel, qui s'appelait encore Timely. Et c'est là que j'ai commencé, sur des histoires de gangsters, des polars. Là, je travaillais avec beaucoup de dessinateurs fantastiques. Il y avait Syd Shores, qui était là depuis un moment et faisait Captain America. Il connaissait plein de trucs sur l'art et j'ai appris beaucoup derrière son épaule. Il n'est malheureusement plus parmi nous mais il a été comme un père pour moi.

 

Dans le cœur de nombreux lecteurs, votre nom est pour toujours synonyme de Daredevil. Qu'est-ce qui vous a plu chez ce personnage et pourquoi êtes-vous toujours perçu comme l'un des artistes phares de la série ?

Comme je vous le disais, je faisait beaucoup de polars et j'aurai bien voulu m'approprier quelque chose, un personnage sur lequel j'aurais pu travailler tout le temps, exclusivement. C'est un bon moyen de se développer en tant qu'artiste. J'ai donc demandé à Stan si je pouvais avoir quelque chose dans ce genre mais il a d'abord refusé. Il pensait que je n'étais pas assez expérimenté. Mais finalement, je l'ai eu parce que John Romita, qui faisait Daredevil depuis deux ans à l'époque, voulait arrêter. Il voulait lui-même changer de série et c'est comme ça qu'il a atterri sur Spider-Man. Comme j'avais beaucoup insisté pour avoir un personnage, ils m'ont fait faire un bout d'essai. Voilà comment j'ai eu Daredevil ! J'aimais le rythme et l'action, qui se dégageaient des scripts. J'aimais le fait qu'il soit bel homme. J'aimais la façon dont il était dessiné. Vous savez, quand vous commencez une histoire de ce genre, vous vous y investissez personnellement. Je ne sais pas comment mais, inconsciemment, un style se développe, à force de concentration, mais aussi sous l'influence d'autres artistes.

 

Et justement, quelles étaient vos influences ?

Les films, principalement. A l'époque, j'en voyais beaucoup. Ils étaient en noir et blanc, ce que j'adore, encore aujourd'hui. Leur mouvement, la composition des éléments à l'image, m'ont beaucoup influencé. Il y a également eu le travail d'artistes comme John Buscema, j'adorais son travail, il était tellement naturel. Il m'a beaucoup influencé, ainsi que le Terry et les pirates de Milton Caniff.

 

Et aviez-vous votre mot à dire sur les scénarios ?

J'aurais pu, mais je ne l'ai jamais fait. Quoi qu'on me donne à dessiner, j'étais juste content d'avoir le boulot. Après, le temps passant, j'ai développé mes deux sens et je me suis autorisé quelques suggestions.

 

Avez-vous suivi la série après avoir arrêter de la dessiner ?

Non, je ne l'ai jamais lue. En fait, je ne fais que regarder les dessins. Mais je travaille comme ça, je lis très peu les scripts. Encore aujourd'hui, si je dois faire une histoire de 10 pages, je lis les deux premières et j'imagine comment ça va finir...

 

En fin de compte, vous n'aimez pas lire de comics ? (rires)

Je crois que ça interfère avec mes idées. Je ne veux pas être intimidé parce que je sais que j'ai une page difficile à venir. Ca me distrairait de la page présente. Et puis j'aime être surpris. En lisant au fur et à mesure, les choses conservent leur fraîcheur et leur intérêt. Si j'en sais trop, je ne suis plus surpris. C'est pourquoi je ne lis jamais plus d'une scène à la fois.

 

Dans les années 60, les séries Marvel étaient parfois loufoques. On repense notamment à un épisode de Daredevil où Matt Murdock s'invente un jumeau, Mike, et se coiffe d'un chapeau tyrolien pour interpréter ce dernier...

Oui, c'était écrit comme ça mais j'ai ajouté le chapeau pour mettre une touche de fantaisie, un peu de comédie. Je pense qu'il est bon d'en mettre de temps en temps. J'avais carte blanche sur le personnage. Matt Murdock est sérieux à mourir mais il a aussi un côté romantique, amusant. J'ai pensé qu'insister là-dessus serait intéressant, que ça ajouterait du réalisme au personnage. Tout le monde a un côté amusant. Mais être mortellement sérieux tout le temps, d'histoire en histoire, n'importe qui s'en lasserait. Le seul personnage qui n'a aucun côté amusant, c'est Dracula !

 

Votre style fait la part belle aux ombres, aux aplats de noir, qui conviennent très bien à des personnages comme Batman, Daredevil, Dracula ou même Namor. Cela a-t-il plu de suite aux éditeurs ou avez-vous du faire des concessions ?

Ils l'ont globalement bien accepté. Le seul problème concernait souvent la lisibilité de l'image. Il y avait tant d'ombres qu'il était parfois difficile de dire ce qu'il s'y passait. Ils ne parvenaient pas à distinguer qui était qui dans les scènes de bagarre. Quand vous allez au cinéma et que vous voyez ces scènes, les jeux de lumières vous permettent de vous y retrouver, particulièrement dans une histoire policière. Le placement de la lumière fait tout, cela peut rendre une scène effrayante et même ajouter de la confusion. Il n'est pas toujours nécessaire de savoir qui est qui. J'ajoute que la confusion est bonne pour le lecteur.

 

Pour qu'il puisse réfléchir à ce qu'il voit ?

Pour qu'il puisse se poser des questions et être scotché par ce qu'il voit sur l'image. Mais la raison principale pour laquelle je mets tant d'ombres sur les planches nous ramène à mon amour du travail de Milton Caniff. J'adorais son travail, il insistait lourdement sur les ombres. Ce n'est qu'après quelques années que j'ai réalisé à quel point son travail m'avait influencé et que je mettais des ombres partout !

 

Est-ce qu'une fois votre style affirmé, les éditeurs venaient vous voir en vous disant : « oh, tu devrais faire Batman, ça t'irait bien », ou des choses dans ce style ?

C'est vrai que cela se passait un peu comme ça. Ils pensaient à moi pour certaines séries en se basant sur ce que j'avais fait. Et Batman était un candidat naturel pour mon style de dessin parce qu'il est une créature de la nuit. Quelqu'un qui profite de l'ombre pour agir, que vous ne voudriez pas rencontrer le soir en sortant de chez vous ! D'ailleurs, en pleine journée, Batman n'est pas aussi intéressant. C'est le mystère qui rend Batman intéressant.

 

Vous aimez les personnages mystérieux ?

Disons que j'aime quand l'action est dramatique, qu'il y a une certaine tension dans l'air.

 

C'est pour cela que vous n'avez pas fait de comics avec des groupes de personnages ?

C'est surtout parce que j'étais lent ! Et ce type de comics nécessitent beaucoup de travail et de temps. Un personnage ça allait, mais cinq ou six, non. En même temps, ce n'est pas comme si j'avais choisi de ne pas faire de "team book", on ne me l'a jamais demandé ! Enfin, j'ai fait un ou deux épisodes, mais en bouche-trou, pas comme artiste régulier d'une série. Je n'ai d'ailleurs jamais refusé une seule proposition. S'ils le demandaient, je le faisais, et sans me plaindre. La seule contrainte était le temps, rien d'autre.

 

Les gens s'en souviennent rarement mais vous avez également créé des personnages comme Captain Marvel (de Marvel)...

Je me rappelle d'avoir développé le Pitre dans Daredevil, mais pour le reste je ne suis pas sûr.

 

Malheureusement, il n'est plus guère utilisé...

Non, vous avez raison. Mais de temps en temps, il resurgit dans les aventures de Daredevil.

 

On ne vous a jamais censuré ?

Non. Jamais. Parce que je n'ai jamais montré quoi que ce soit qui soit sujet à censure. Je n'ai pas mis plus que ce que le cinéma montrait depuis des années. Les films étaient scrupuleusement décortiqués par la MPAA (Motion Picture Association of America) qui donnaient des classifications aux films selon leur degré de violence. Donc, beaucoup ont pris le parti de suggérer plutôt que de montrer. C'est aussi ce que j'ai fait. De toute façon, suggérer avait un bien meilleur impact auprès du public d'alors...



 
 
 
 



Créer un site
Créer un site