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Titans 100 des éditions Lug avec les Nouveaux Mutants, Epsilon et les Vengeurs de la Côte Ouest
 

Interview de Cyrus Tota parue dans Titans 100


 
Pas facile de soumettre à la question le créateur de Photonik. Cyrus Tota n'aime pas parler de lui et la rédaction de Lug a dû user de persuasion, de ruses, voire de menaces, pour lui arracher les quelques confidences qui vont suivre...


LUG : Cyrus Tota, c'est un pseudonyme ?

TOTA : C'est mon vrai nom... ou presque. Tota, c'est italien. Je suis né à San Severo, petite ville d'Italie du Sud, au bord de l'Adriatique, en octobre 1954. J'avais six ans quand mes parents sont venus s'installer à Lyon.

 

LUG : Tu te souviens de ton premier dessin ?

TOTA : C'était à l'école primaire. Je ne parlais pas encore le français. Un jour, Madame Leprince, mon institutrice, me donna un dessin de Bambi fait par un autre élève. De retour chez moi, je fis croire à mes cousines que c'était mon oeuvre. Pour le prouver, les perfides m'obligèrent à le refaire. Je ne pouvais pas perdre la face ! Ca m'a pris une semaine mais j'y suis arrivé... Non seulement j'avais épaté mes cousines mais en plus, je m'étais découvert une passion !

 

LUG : Quelles sont les premières BD que tu as lues ?

TOTA : Impossible d'oublier ! C'était Blek et Corentin. J'avais sept ou huit ans et c'est dans leurs pages que j'ai appris à lire. C'était des histoires simples avec de l'action et de l'humour. A l'époque, nous n'avions pas encore la télé et aller au cinéma, quand on habitait en banlieue, était toute une épopée.



LUG : Tu as étudié le dessin ensuite ?

TOTA : Non. J'ai fait des études techniques et après mon bac, j'ai trouvé un job dans l'électronique. Mais c'était pas mon truc. Le vieux démon sommeillait en moi ! Un soir de cafard, j'ai décidé de repartir à zéro et mon carton à dessins sous le bras, j'ai poussé la porte des Editions LUG. Là, on me proposa de dessiner... Blek ! J'ai fait un bond de quinze ans en arrière. Vous pensez : le grand Blek... le héros de mon enfance ! Il m'a fallu six mois d'entraînement avant de pouvoir commencer mon premier épisode. Blek, c'est une histoire qui paraît simple mais qui nécessite un énorme travail de documentation pour mettre au point le scénario, les décors, les costumes. J'étais aussi paralysé à l'idée de reprendre un histoire qui appartenait à quelqu'un d'autre. Je travaillais en alternance avec Mitton et au départ, je me suis inspiré de son style. Puis j'ai pris de l'assurance et j'ai trouvé le mien.

 

LUG : Et la vague des super-héros a déferlé sur LUG...

TOTA : Le premier dont je me souviens, c'est le Surfer d'Argent. Puis vinrent les Fantastiques et l'Araignée (voir sa fiche Marvel Universe) Le dessin apportait un punch qui n'existait pas dans les dessins européens. Ca ne veut pas dire qu'il était meilleur pour autant mais il était nouveau. On n'avait jamais abordé la science-fiction sous cet angle-là en France. Aujourd'hui, les aventures des super-héros se résument à des matches de catch. Seuls les X-Men et la Division Alpha m'intéressent. Ils ont une épaisseur psychologique qui fait défaut aux autres.



LUG : Tu lis d'autres BD ?

TOTA : J'ai une tendresse particulière pour Buck Danny. Pour moi, c'est l'Aventure avec un grand A. C'est aussi le premier album couleurs et en grand format qu'on m'ait offert. J'avais une dizaine d'années... et les oreillons. Ce fut un tel coup de foudre que je fis le voeu d'avoir les oreillons souvent pour poursuivre la collection ! J'aime bien Blueberry aussi, les westerns en général et toutes les BD dont les scénario est basé sur des faits historiques. Mon chouchou du moment : « Les Sept Vies de l'Epervier » de Julliard et Cothias, pour l'intrigue mais aussi pour les décors et les costumes qui sont absolument magnifiques. Un bon scénario n'est pas suffisant pour faire une bonne BD. La qualité du dessin est essentielle.
 


LUG : Après Blek, Photonik. Comment as-tu eu l'idée de tes personnages ?

TOTA : Les américains avaient tout fait en matière de super-héros. C'était difficile d'innover. Le super-héros, c'est avant tout un costume et un pouvoir. Le costume, c'est de la technique de dessin. Quant au pouvoir, il me semblait que celui de la lumière n'avait pas été utilisé. Le héros solitaire ne m'intéressait pas : il tourne en rond, ressasse ses problèmes et n'obtient pas de réponse. L'idéal à mes yeux, c'était le trio de Blek, symbole des trois âges de la vie de l'homme. Ca a donné Photonik, Tom Pouce et Ziegel. Ils sont complémentaires, indispensables les uns des autres. Enfin, il me semblait essentiel de les faire évoluer dans un monde réel. Le super-héros qui erre dans des galaxies lointaines, ce n'est pas mon truc. Le super-héros est déjà en lui-même un personnage irréel. Pour que le lecteur s'intéresse à lui et à ses problèmes, il faut qu'il évolue dans un monde réaliste, concret.

 

LUG : Qu'est-ce qui fait l'originalité du personnage de Photonik ?

TOTA : D'abord, je n'ai pas voulu m'inspirer du modèle américain et tomber dans le cliché du super-héros tout en muscles et champion de bodybuilding. Ensuite, Photonik est moins important que les personnages qui gravitent autour de lui. Le scénario n'est pas construit autour de Photonik. L'aventure lui tombe dessus par hasard, il ne se lance pas au devant. Par contre, ce qui m'intéressait dans le super-héros américain, c'était sa double personnalité, sa double vie. Vous avez remarqué comme les super-héros sont souvent « dans le civil » des souffre-douleur, des lâches ou des demi-portions ? Ils puisent leur force au coeur de leurs faiblesses. Photonik souffre d'une infirmité : il est bossu. En souvenir d'un oncle que j'aimais bien. Car on crée toujours des personnages d'après des images stockées dans un coin de la mémoire. Tout ce qu'on voit, ce qu'on vit, ce qu'on apprend revient un jour à la surface. On n'invente rien.


 

LUG : Comment travailles-tu ?

TOTA : Trop peu... et trop lentement ! Je n'ai pas la plume facile contrairement à Mitton (qui pourrait même rédiger ses propres interviews!). Je suis très méticuleux. Je soigne les moindres détails, ce qui me prend un temps fou. Le découpage aussi est important. Quand on écrit des histoires fantastiques, il faut être très précis dans le déroulement de l'action, sinon ça devient parfaitement loufoque. Quand mon scénario est écrit, je réunis de la documentation et je travaille scène par scène, planche par planche. Pour les décors, je me sers de photos mais en prenant soin de les styliser, de les idéaliser. En bande-dessinée, le dessin doit être très précis, presque aseptisé. L'encrage se fait à la fin, quand toutes les planches sont prêtes.

 

LUG : Tu as une technique particulière ?

TOTA : Je n'ai jamis appris le dessin. Quant à la technique de la BD, elle s'acquiert. On n'est pas bon dès le départ, on le devient après des années de travail. Je dois beaucoup à Malcolm Naughton qui a su m'encourager et faire preuve d'une grande patience (et qui fait très bien la cuisine italienne!).

 

LUG : Après Photonik ?

TOTA : Mysgomme et boule de terre...

 
 
 


 
 



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