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Interview de Mitton parue dans Titans 100



MITTON aux aveux !
 


Après enquête, la BLURB a su dénicher l'un de ses dessinateurs-créateurs dans sa retraite autant discrète que rurale. Voici ses aveux (quasi) spontanés et (presque) complets.

 

Fiche signalétique

Nom : MITTON

Prénom : Jean-Yves

Né le : 11/3/1945

A: Toulouse

Adresse : Campagne, près de Lyon

Situation de famille : Marié, 1 enfant (Stéphanie, 11 ans)

Passions (à part la BD) : la guitare et la pêche à la truite

Plat préféré : le cassoulet arrosé Côte-du-Rhône

Héros BD : Gaston Lagaffe, Blek-le-Roc et Photonik


(Voir également Jean-Yves Mitton, Lug et Mikros).

Blurb : Vous êtes entré aux éditions LUG en octobre 1961, à l'âge de 16 ans... et l'école, alors ?

Mitton : Elle menait à tout, sauf à la BD, tiens ! Après une année aux Beaux-Arts de Lyon, ma passion pour les « petits Mickeys » fut trop forte. En entrant à Lug, je mettais tout de suite le pied à l'étrier. Un seul examen : le coup de pinceau (même maladroit, pourvu qu'il fût jugé enthousiaste!). Sous les conseils de vrais pros de la BD, ce fut la meilleure école, et 25 ans après, je ne saurais trop la conseiller aux fans qui veulent dessiner... à tout prix ! Mais attention : il est très important de connaître – à l'avance si possible – le goût des lecteurs.

 

Blurb : Le pied à l'étrier ? Pourtant, vous n'avez pas créé tout de suite vos propres séries ?

Mitton : Les Mozart précoces de la BD sont rarissimes. Je n'avais rien d'un petit génie. Toute création puise plus tard ses facultés et son apparente facilité dans l'apprentissage. 11 ans de retouches dans l'atelier Lug m'ont fait découvrir les planches originales des plus grands de la BD, leurs diverses techniques et leurs... astuces ! Oui, la BD est un Art, mais aussi une profession et une industrie. Peu de fans le soupçonnent : il n'y a pas de machines à fabriquer de la BD (pourvu que ça dure...) mais des équipes qui planchent sur des programmes planifiés. Mot d'ordre : faire bien, mais le faire tous les mois ! Produire, oui. Mais vite, et sans relâche. Quel fan accepterait longtemps d'acheter une revue dont le contenu et le rythme de parution seraient désordonnés ?

 

Blurb : Quelle fut votre première BD ?

Mitton : Outre la retouche, Lug m'a d'abord proposé des illustrations d'articles. Au milieu des années 60, je pus ensuite dessiner, et même créer quelques séries humoristiques (ma vraie passion première!) comme Sammy Sam, Plume et Popoff dans des mensuels comme Pipo et Pim Pam Poum... aujourd'hui au musée de la BD. Puis vint Oum le Dauphin, tiré de la série TV, lequel m'amena à créer mes premières couvertures. Travail important, car cette page 1 est la vitrine du produit intérieur de la revue ; sa qualité peut déterminer le choix du lecteur éventuel à la manière d'une affiche de pub. Depuis, je ne cesse de dessiner des couvertures pour Lug.

 

 

Blurb : Pourquoi avoir abandonné le style humo ?

Mitton : A la même époque est arrivé sur Lug un vent d'ouest irrésistible sous la forme de séries américaines Marvel. Son souffle a éteint les derniers mensuels comiques et fait pâlir les autres. Lug a lancé avec succès le genre sup'héros en France, et nous vivons toujours sur cette lancée.

 

Blurb : Recyclage difficile ?

Mitton : Non. Pour moi, ça a baigné dans l'huile, comme dirait Foxy-la-Carapate. La transition s'est faite grâce à une cinquantaine d'épisodes de Blek le Roc qui m'ont rompu au dessin dit « réaliste ». Ah, Blek ! Ce qu'on a pu se marrer et se passionner, Marcel Navarro et moi-même, sur les facéties de ce trio inimitable ! Un classique, aujourd'hui.

 

Blurb : Blek était-il une préfiguration de super-héros ?

Mitton : Oui. Mais en plus touchant, plus généreux... Mais avouons-le : tous les héros de la BD sont des stéréotypes. Un peu des mannequins dont on ne fait que changer le look selon l'époque, c'est tout ! Les créateurs qui ont tenté de contrevenir à ce modèle universel se sont planté le pinceau dans l'oeil. Bien avant Tarzan, ce fut le canon grec qui imposa les mesures. En BD, c'est l'habit qui fait le moine. Voyez les sup'héros...



Blurb : Alors avouez-le Mitton, Cosmo et Mikros étaient dans cette droite ligne ! Aucune originalité !

Mitton : Exact. Et c'était bien ainsi. De Homère à Spielberg en passant par Jules Verne, Cosmo respectait le sacro-saint noyau affectif, amical ou familial, dans la plus pure tradition de la SF et du Space-Opéra. Son éternel voyage initiatique était pour moi une véritable récréation mentale, menée de front avec Mikros dans Mustang. Ce dernier était un pur produit américain très aseptisé, même s'il sortait de mon imagination de latin. Ceci fut voulu par Marcel Navarro et moi-même afin que notre héros s'installe en douceur dans le sillage tracé par les héros de Stan Lee. Dans les premiers épisodes, en 78, les muscles outranciers, la beauté froide et les motivations lourdes et naïves de Mikros respectaient une certaine idéologie de l'American Way Of Life, comme dirait Reagan. Saltarella n'était qu'une poupée de praline. Crabb, plus sympa, plus chaleureux, était trop effacé, comme un faire-valoir.

 

Blurb : Le sillage Marvel était si bien pris que vous aviez adopté les pseudonymes de Malcolm Naughton et John Milton.
 

Mitton : Blurb est bien renseigné. Bravo. Mais la pratique est courante. Voyez au rayon Rock.

 

Blurb : Ce contexte trop yankee vous a décidé « d'Européaniser » Mikros. Anti-américanisme primaire ! Allons, avouez !

Mitton : Never ! J'ai trop d'admiration pour leurs artistes et de fascination pour leur pays. Mais Mac et moi en avions ras-le-bol de sauver les USA tous les mois ! L'Europe, c'est notre avenir. Sa beauté et sa diversité offrent aussi un cadre splendide à nos héros. Elle est vécue quotidiennement par nos fans, et donc intellectuellement et visuellement plus accessible. Relisez les épisodes de Mikros à Venise, à Paris, à Lyon, à Genève ou en Provence... Cela vaut bien le Middle-West ou la 5ème Avenue !

Blurb : Mettez-vous à table, Mitton ! Vous n'êtes pas très fan des super-héros Marvel ! Vous crachez dans la soupe ! C'est du propre !

Silence...

 

Blurb : Mikros est entré dans Titans, au milieu des héros Marvel. Qu'avez-vous à répondre pour votre défense ?

Mitton : Ce fut l'instant choisi pour traverser l'Atlantique. Et l'occasion désormais de nous démarquer des séries de Stan Lee embarquées à bord de la même revue. Le succès fut immédiat !

 

Blurb : Un succès ? Mais alors, pourquoi avoir arrêté Mikros, traître !

Mitton : J'estime avoir précédé la lassitude du lecteur ! Et puis, Mikros n'est pas mort. Il s'est éloigné de la Terre, c'est tout. Peut-être un jour reviendra-t-il. Aujourd'hui, le succès d'un héros ne dépasse guère 6 ou 7 ans... consommation oblige !


Blurb : Mikros de retour ? Dites, c'est un scoop, ça !

Mitton : N'oubliez pas qu'il survit toujours en filigrane dans Epsilon, à travers le superbe personnage du Psi.

 

Blurb : Beaucoup de fans ont été désappointés par les débuts d'Epsilon, qui n'est plus tout à fait dans la pure tradition Sup'héros. Lenteur de l'action, abondance de détails et de relations compliquées...

Mitton : La caravane passe... Lug et Malcolm m'ont donné carte blanche. C'est avec leur confiance qu'Epsilon gagne aujourd'hui celle des lecteurs.

 

Blurb : Mais encore ?

Mitton : Aujourd'hui, l'action violente et la quête inflexible de cet enfant de 2087 puisent leurs motivations profondes dans la longue réflexion du prologue. La quête, voilà le ressort essentiel d'un héros très « humanisé ». A travers sa mère, c'est notre quête à tous qu'il poursuit... Qui suis-je ? Pourquoi l'Univers ? Il ne pouvait trouver meilleur support que Titans.

 

Blurb : Epsilon aujourd'hui... et demain ?

Mitton : Achetez Titans.

 

Blurb : Allons, avouez !

Mitton : Photonik est vraiment fantastique, et Tota est un crack. Reprendre parfois la série derrière lui est une expérience super !

 

Blurb : Avez-vous un dernier aveu destiné à vos fans ?

Mitton : Oui. J'attends leurs lettres, leurs idées et leurs suggestions. Lisez... et dessinez ! La BD réclame des pinceaux, et un bon lecteur de BD est souvent un dessinateur qui s'ignore. La BD n'est pas morte ! En tout cas, pas avant 2087.



Chaque Bedessinateur possède son propre matériel et applique ses propres « trucs ». Pour aller vite et bien, voici mon...

Matériel :

Table à dessin penchée (afin de lire mes dessins à la verticale, pour éviter les fausses perspectives). Papier Bristol épais (32,5 cm x 25 cm). Papier calque de même format. Pinceaux en poils de martre (n. 2 et 3). Encre de chine noire. Crayons à papier (HB), crayons de couleur et feutres noirs fins. Gomme, règle (50 cm transparente), pistolet à dessin, matrices plastiques normographes (pour cercles, ovales et autres ellipses), colle en tube, lames de rasoir, gouache blanche et ruban adhésif. Dictionnaires et diverse documentations. Café, cigarettes et France-musique... (facultatif!). Rétro-projecteur réglable pour la reproduction de documents. Table lumineuse en plastique.

 
 
 


 
 



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