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Interview de Joe Sinnott  (parue dans Scarce 46)

 

Si un nom doit être inévitablement associé à Fantastic Four, c'est bien celui de Joe Sinnott. Arrivé en même temps que les Inhumans sur cette série, il en encra plus de cent-quatre-vingt numéros avant que John Byrne ne lui confisque ses pinceaux. Aujourd'hui, âgé de soixante-dix ans, il a accepté de sortir de sa retraite pour nous confier quelques souvenirs.


Joe, à quelle époque avez-vous commencé à travailler pour Marvel ?
J'ai commencé en tant que nègre en fait ! C'était en 1949 et 1950, je suivais les cours de la Cartoonist's and Illustrators School et je dessinais quelques histoires pour mon professeur, Tom Gill, qui travaillait pour Marvel (qui s'appelait alors Timely), notamment sur Kent Blake, Detective et Red Warrior.

Avant de vous retrouver sur Fantastic Four, aviez-vous eu l'occasion de travailler avec Jack Kirby ?
Oui, pendant la période de comics de monstres !

Vous avez encré Fantastic Four 5, avec la première apparition de Doctor Doom, puis vous n'êtes revenu sur la série qu'au numéro 44. Aviez-vous alors l'impression de vous embarquer sur une série différente des autres ? L'avez-vous vécu comme une promotion ou n'était-ce qu'un travail de plus ?
A l'époque, ce n'était bien sûr qu'un travail de plus, mais vous savez, j'ai rapidement compris que ce titre avait quelque chose de spécial, de différent, qui allait lui assurer une énorme popularité !

Et comment expliquez-vous que cette série soit devenus soudainement si belle avec votre arrivée à l'encrage ?
Je pense que cela doit tenir à la fois au fait que mon style d'encrage est assez gras, et au fait que je ne suis pas simplement encreur, mais également dessinateur.

Beaucoup d'encreurs se considèrent comme "la cinquième roue du carrosse". Vous sentiez-vous particulièrement impliqué sur cette série ?
Absolument ! Je me considère comme membre à part entière de l'équipe créatrice qui a porté cette série aux niveaux qu'elle a atteints.

Comment se passait le travail avec Jack Kirby et Stan Lee ? Etiez-vous amis ? Vous travailliez chez vous ou au Marvel Bullpen ?
Je travaillais chez moi, à plus de cent miles de New York et Marvel ! J'étais très ami avec Stan, mais, aussi étrange que cela va vous paraître, je ne connaissais pas Jack ! Je ne lui parlais jamais, et je ne l'ai rencontré pour la première fois qu'une quinzaine d'années après avoir commencé à travailler avec lui.

C'est effectivement étonnant ! Vous ne le connaissiez donc qu'au travers de ses crayonnés. Attendiez-vous ceux-ci avec impatience chaque mois ?
Oui, tout à fait ! Et c'est un euphémisme... C'était si excitant de travailler sur ses planches !


Vous participiez aux collages qu'il plaçait parfois entre ses planches ?
Non. Et franchement, je trouve que ces collages n'avaient rien à faire entre les formidables planches qu'il dessinait. Je ne les ai jamais aimés.

Kirby avait un style très puissant, tout en force et efficacité. Votre encrage est quant à lui simple et gracieux. Est-ce pour cette raison que l'amalgame des deux a donné une telle beauté aux dessins, sans leur faire perdre leur force et leur dynamisme ?
Alors là, ça me touche vraiment ! J'apprécie votre commentaire. Vous avez mis le doigt sur les raisons du succès de notre collaboration...

Et si je vous dis que les meilleurs travaux de Kirby sont les Fantastic Four que vous avez encrés...
Avec tout le respect que méritent tous ceux qui ont collaboré avec Jack, je dois reconnaître honnêtement que je partage votre avis.


Y avait-il une forme de jalousie au sein du Bullpen dans les années 60 pour savoir qui aurait l'honneur d'encrer les planches du "King" ?
Pas du tout. En ce qui me concerne, j'encrais les planches de tous les dessinateurs que Stan me donnait. J'aurais pu légitimement avoir des préférences, mais qui aurais-je pu avoir de mieux que Jack, Buscema, Romita, Colan... Ce n'est qu'à partir des années 80 que j'ai refusé d'encrer certains dessinateurs.

A votre avis, qu'est-ce qui vous différencie des autres encreurs qui ont travaillé sur Kirby, tels Vince Coletta, Mike Royer ?
Une fois de plus, mis à part le fait que j'étais également un dessinateur à part entière, j'avais acquis une grande expérience du travail au pinceau, ce qui m'a permis de tirer le meilleur parti des dessins de Jack.

Puisque vos styles étaient si complémentaires, pourquoi ne pas avoir suivi Jack Kirby chez DC au début des années 70 ?
Pour deux raisons. D'abord, Marvel m'a toujours assuré une rénumération supérieure à ce que DC pouvait me proposer. De plus, j'avais une réelle affection pour les personnages Marvel. Je dois vous préciser que j'ai été très déçu de voir Jack quitter Marvel à cette époque, car, s'il y avait quelqu'un que je considérais comme irremplaçable, c'était bien lui.

Vous donnait-il des dessins détaillés ou ne faisit-il que de vagues esquisses ?
Oh, il était très méticuleux, précis, et ses crayonnés étaient extrêmement complets et poussés.

Quel a été votre rôle suite au départ de Kirby ? Marvel entendait-elle faire de vous le garant de la continuité ?
C'est cela. Avec la perte que constituait le départ de Jack, Marvel a pensé que si je restais sur la série, je pourrais donner un semblant de continuité, une vague ressemblance avec ce que donnait ma collaboration avec Jack.


Vous avez eu l'occasion par la suite d'encrer toute une série de dessinateurs ayant des styles bien différents. Quels types de crayonnés vous fournissait-ils, et ce sont-ils plaints de votre encrage ?
Comme je viens de vous le dire, Kirby me donnait des crayonnés précis, et il appréciait notre collaboration. Par la suite, j'ai travaillé avec John Buscema, qui, la plupart du temps, ne faisait que de rapides crayonnés. J'ai beaucoup aimé travailler avec lui, c'est quelqu'un de formidable, mais je l'ai toujours suspecté de trouver mon encrage trop gras ! Rich Buckler réalisait aussi des crayonnés très précis, même s'il me fallait effectuer quelques corrections, surtout quand il était plus jeune. George Pérez, quant à lui, est un fanatique du détail. Il ne manque jamais rien dans ses planches. C'est aussi l'un des deux seuls dessinateurs qui ait admis que j'avais amélioré ses dessins par mon encrage, l'autre étant Stéranko. J'ai aussi encré Keith Pollard, qui, un jour, pouvait se révéler aussi précis que possible, et le lendemain, bâcler ses crayonnés comme personne. John Byrne m'a donné des crayonnés aussi consistants que l'étaient ceux de Kirby, de très beaux dessins... Bien qu'il me fallait corriger certains détails anatomiques lorsqu'il était plus jeune. J'ai l'impression d'avoir réalisé certains de mes meilleurs encrages sur John Byrne. J'ai bien aimé Bill Sienkiewicz également, dont la mise en page était très différente, mais précise et intéressante. En fait, je dois reconnaître que personne ne s'est ouvertement plaint de mon encrage.

Quel est, à votre avis, la meilleure période de la série ?
Je pense que les meilleurs histoires se sont étalées du numéro 44 jusque dans les années 70. Pour le dessin, et en ce qui me concerne personnellement, ma préférence va aux numéros 50 à 100. J'ai le sentiment qu'ils sont tous très bons, et qu'il y a une réelle constance dans la qualité.

Jack vous a-t-il jamais confié ce qu'il pensait de votre encrage ?
Non, jamais, mais c'est un véritable professionnel, et il savait que je faisais de mon mieux pour lui rendre justice, sinon plus.


La masse impressionnante de travail que Jack Kirby et vous-même abattiez devait nécessiter une rapidité extrême de votre part. Connaissiez-vous des problèmes de délais ?
Avec Jack sur Fantastic Four, je n'ai jamais été confronté au problème des deadlines, car Jack était très rapide, et je ne me débrouille pas mal moi-même de ce côté là ! J'ai refusé beaucoup de boulots dans les années 70 et 80, mais, chaque fois que j'ai accepté un encrage, c'était pour le faire de mon mieux. Je ne pense pas que mon travail ait souffert de ces délais. En fait, j'ai toujours donné le meilleur de moi-même, et je n'ai honte d'aucun de mes travaux, quel qu'ait pu être l'auteur des crayonnés sur lesquels j'ai eu à travailler.

Vous n'avez pas une anecdote amusante sur votre participation à Fantastic Four ?
Si. Dans un épisode (et je ne saurais vous dire lequel exactement), le corps de Reed Richards était complètement détendu et emmêlé, et on lui a dessiné trois bras !

A un moment ou à un autre, vous avez certainement touché à chaque personnage du Marvel Universe. Est-ce des Fantastic Four dont vous êtes le plus fier ?
Il est exact qu'aucun personnage Marvel n'a dû m'échapper ! Je suis particulièrement fier des épisodes de Thor que j'ai réalisés avec John Buscema, mais il est vrai que Fantastic Four occupe une place à part. Non seulement les membres du groupe sont exceptionnels, mais les autres personnages qui ont été introduits dans cette série (comme le Silver Surfer, Dr Doom, Galactus, le Mole Man, et tant d'autres encore...) sont vraiment extraordinaires ! Et puis surtout, de toute sa remarquable carrière, c'est sur cette série que Kirby s'est donné à fond.

On vous voit très rarement actuellement. Vous travaillez encore ?
Je collabore au sunday strip de Spider-Man pour King Features, avec Stan et Paul Ryan. Et j'effectue par ailleurs quelques travaux pour le département commercial de Marvel. Occasionnellement, je réalise aussi des illustrations pour des magazines de sport. Mais c'est bien tout.

 
Propos recueillis et traduits par Christophe Darras


 

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