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Le retour de l'Incroyable HulkArticle paru dans Les Inrocks Hors Série 56 de 2012 titré "La double vie des super-héros - Des comics au cinéma".
 

Héros en séries


Les versions télé des aventures des super-héros ont souvent fait pâle figure comparées à leurs adaptations sur grand écran. Mais le genre a conquis ses lettres de noblesse. Par Léo Soesanto


Comme au cinéma, les super-héros ont trouvé dans les séries télé un terrain pour la castagne et l'adaptation. Avec le même lot de succès et de ratages. Le rythme hebdomadaire, épisodique de la télévision colle d'ailleurs à celui d'écriture et de publication des comics, tout en péripéties et cliffhanger à la dernière page. Superman apparaît vite sur le petit écran dès 1952 (Adventures of Superman), avec George Reeves. Sa gueule carrée donne des airs de boxeur à L'Homme d'Acier, mais aussi à son alter ego dans le civil, le timide Clark Kent.
La crédibilité est ainsi le grand problème de ces transpositions dans les années 60-70 : les effets spéciaux sont encore limités pour animer les exploits divins de nos héros, et il faudra attendre Superman (1978) au cinéma pour montrer qu'on peut les incarner en chair et collant. DC Comics est bien lotie avec les versions live à succès de ses personnages, qui sont restées dans les mémoires des téléspectateurs pour leur traitement camp parodique : Batman (1966) y est un fantoche shebam-pop-blow-wizz sorti d'un rêve humide d'Andy Warhol et Wonder Woman (1975) tourne reine du disco en patins à roulettes.
Le rival Marvel s'embourbe dans des téléfilms premier degré mais ratés de Captain America (1979), Spider-Man (1977) et Docteur Strange (1978), alors que le bon ton était trouvé dans la série L'Incroyable Hulk (1977) : minimiser la science-fiction pour croiser le pitch avec le Fugitif et Les Misérables. Le monstre y devient un Jean Valjean vert en cavale, traqué par un Javert reporter. Cette adaptation "réaliste" séduit par la tristesse de son héros.


Un point de vue décalé

Les années 80 voient les adaptations DC/Marvel en sommeil au profit de super-héros non-officiels : sans contrainte de fidélité pour les fans, The Greatest American Hero (1981, le héros trouve un costume avec super-pouvoirs mais pas le mode d'emploi) et Superminds (1985, délire flashy où a débuté Courteney "Friends" Cox) misent sur l'humour. Le carton cinématographique du Batman (1989) de Tim Burton donne de l'appétit pour des justiciers plus sombres (l'homme le plus rapide du monde, Flash, 1990), mais c'est encore Batman qui gagne via l'animation avec le superbe Batman : The Animated Series (1992), à l'écriture adulte et au graphisme soigné, entre film noir et art déco. Lois & Clark - Les Nouvelles Aventures de Superman (1993), créé par une femme, Deborah Joy LeVine, revitalise le personnage sous un angle malin : celui de la comédie romantique. On s'y amuse davantage à regarder Clark Kent et sa collègue/future épouse Lois se chamailler et se séduire, plutôt qu'à voir le héros en cape sauver le monde.




Une mine narrative

Dans les années 2000, avec les super-héros occupant le cinéma, DC et Marvel jouent plutôt les belles endormies télévisées. Mais le genre a imprégné d'autres séries parce que leurs créateurs ont souvent été biberonnés aux comics : Buffy contre les vampires est une super-héroïne qui ne dit pas son nom, tandis que son créateur Joss Whedon scénarisera la version papier des X-Men en 2004. Et prolongera en comics Buffy après l'arrêt de la série en 2003. La Tueuse est emblématique du girl power super-héroïque télé de la décennie, que l'on retrouve dans Dark Angel (2000, produit par James Cameron) et Alias (2001). DC voudra se raccrocher piteusement au wagon avec Birds of Prey (2002), déclinaison d'héroïnes de l'univers de Batman, où les filles se bagarrent sur fond de t.a.T.U. Plus profondément, les possibilités narratives du genre ont été davantage exploitées dans cette décade que dans la somme de toutes les adaptations DC/Marvel jusqu'alors : reboot, prequel, voyage dans le temps, flashforward, rebondissements à n'en plus finir. Cet emballement est l'ordinaire de J.J. Abrams dont la série-somme Lost pioche beaucoup dans la construction du Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibons. Son autre série Fringe doit beaucoup à l'arc Crisis on Infinite Earths de DC, où Superman et consorts sont confrontés à leurs doubles issus d'univers parallèles, alors que pointe la fin du monde. Sur un mode officiel mais plus mineur, Smallville (2001) revient sur la jeunesse de Superman en la jouant soap-opéra - une tendance inévitable du super-héros, à voir les amours fleuves troublées chez les X-Men. La série est lisse mais réussit l'exploit de tenir dix saisons en dilatant l'attente du moment tant espéré : celui où Clark revêtira son costume de Superman.


La fidélité au genre

Le genre est donc partout, mais a laissé beaucoup de super-héros pirates sur le carreau : No Ordinary Family (2010, qui louchait beaucoup du côté des Indestructibles de Pixar), The Cape (2011, le Batman du pauvre). Et surtout l'ambitieux et foisonnant Heroes (2006) qui, malgré l'aide du scénariste de comics Jeph Loeb, a échoué dans sa tentative de singer les X-Men. La série aura au moins fait rentrer la réplique "Sauve la pom-pom girl, sauve le monde" parmi les classiques de la télévision.
Mais c'est en Grande-Bretagne qu'il faut trouver une petite réussite du (mauvais) genre : Misfits (2009). Avec ses jeunes sauvageons affligés de pouvoirs bizarres, la série, drôle et trash, renoue avec l'esprit des scénaristes anglais de comics tels Moore, Warren Ellis ou Mark Millar, qui aiment salir et déconstruire leurs héros.
Avec le succès mondial d'Avengers et celui annoncé de The Dark Knight Rises, les super-héros officiels sont bien loin d'en avoir fini avac les séries. Reste à trouver le ton. En 2011, un pilote raté d'un nouveau Wonder Woman chapeauté par David E. Kelley (le créateur d'Ally McBeal) n'a jamais été diffusé. Arrow, adapté du personnage de super-archer Green Arrow chez DC, est parti pour succéder cet automne à Smallville sur la même chaîne (CW, celle de Gossip Girl) au rayon romance pour ado. Et Marvel pense aussi à son retour télé avec un nouveau Hulk, mais en passant par la case cinéma, puisque le projet, encore gelé, est entre les mains de Guillermo del Toro.
L'étoffe sérielle des héros est bien là. Elle est juste tiraillée : plaire aux fans et/ou au public non initié, rafraîchir en permanence des personnages septuagénaires pour certains, trahir ou non. Et trouver une crédibilité durable que les super-héros ont conquise au cinéma.


 
 



 
 
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