Comics-Lug sur Facebook



 

Et vint Marvel France   (extrait de "Marvel en France 1970 à 2000" de Lionel Billard et Nicolas MarquetMarvel en France 1970 à 2000)



Ce fut dans ses titres publiés en novembre 1997 que Sémic France annonça à ses lecteurs médusés que la license d'exploitation des comics Marvel pour notre pays lui était retirée.


Après 25 années de parutions régulières dans ses publications l'éditeur Lyonnais fut contraint de passer la main. Comme les mythiques Fantask et Marvel, les illustrés au goût américain de Sémic, Strange, Titans, Nova, Spécial Strange et la pleiade de Versions Françaises durent disparaître à leur tour. Le profit et la compétition commerciale, des ennemis au moins aussi redoutable que la censure, venaient de les terrasser.


Pendant les quelques mois qui suivirent la date fatidique, l'absence de publications Marvel dans les kiosques fit croire le pire aux amateurs. Pourtant, malgré l'incertitude, des bruits circulaient déjà depuis quelques mois dans le petit univers de la bande dessinée. Compte tenu de la récente implication de Marvel en Italie, où la firme américaine ne cachait pas sa volonté de s'auto-éditer sur le vieux continent, on réalisa vite que les lecteurs français ne resteraient pas encore longtemps dans l'incertitude. Nul doute qu'ils pourraient bientôt lire de nouveau les aventures de leur fileur de toile préféré dans la langue de Molière.


A cette époque la direction de Marvel, aux Etats-Unis, faisait feu de tout bois et investissait, chaque fois qu'elle le pouvait, les différentes professions associés à son activité. Parmi d'autres projets qui n'aboutirent pas on se souvient des achats de réseaux entiers de distribution, comme de son alliance avec un industriel du jouet. Sans oublier les efforts qu'elle fit à Hollywood et dans la restauration pour licencier ses personnages.


A une époque où les droits associés génèrent souvent plus d'argent que les bandes dessinées d'origines (surtout au travers du cinéma et de la télévision), la recette paraissait saine. Même si, en comparaison du marché indigène, la part de gâteau que s'adjugeait Sémic devait être bien faible, Marvel ne souhaitait plus que quiconque gagnât de l'argent à sa place.



Déjà présent aux Etats-Unis dans le secteur des cartes à collectionner, Marvel s'était offert sur le vieux continent la firme italienne Panini qui commercialisait, partout où elle le pouvait, des pochettes d'autocollants très prisées par les jeunes collectionneurs. Qu'elles fussent consacrées aux sports les plus populaires, ou issues des dessins animés de la télévision, ces vignettes destinées à être placées dans des albums collecteurs ressemblaient fort aux trading-cards américaines.


Il ne fallut que peu de temps aux responsables transalpins pour associer la publication de comics de la défunte gamme Star Comics à un secteur de Panini pour créer Marvel Italia, puis dans la foulée, envisager une entité européenne plus globale. Devant le succès de la "combinazione" on ne tarda pas, quand il fallut renégocier les droits de publication en France, à fonder Marvel France. Comme on le fit en Allemagne et la république Tchèque, puisque Panini y disposait aussi des licenses.


Avouons que, même si elle fut des plus douloureuses pour Sémic et malgré la sympathie que nous inspire le successeur de Lug, cette décision n'était pas sans logique. Souventes fois le courrier des lecteurs s'était fait l'écho du mécontentement des fans devant l'autocensure de l'éditeur Lyonnais, ou de sa propension à sauter des épisodes pour les raisons les plus diverses. Désormais il n'en fut plus de même puisque, en principe, tout était publié de façon intégrale.


Pour respecter ses engagements la rédaction de Marvel France décida d'articuler sa gamme en plusieurs groupes de publications. La pléthore des séries américaines fut ordonnée dans quatre ensembles cohérents destinés aussi bien à rappeler le passé, qu'à ne pas effaroucher le lecteur francophone habitué aux titres Sémic. Si la vieille formule des "Versions Intégrales" se retrouva baptisée Collection Marvel Heroes, la collection Magazines publia des revues anthologiques, plus épaisses et variées, dans le style de Strange. De son côté la Collection Marvel Deluxe repris l'idée qui avait prévalu à la création des anciens Récits Complets Marvel et regroupa en volume des histoires complètes. Conan, comme toujours occupa une place à part et ses exploits constituèrent, à eux seuls, avec un unique magazine, le catalogue de la Collection Aventure.



Enchaînant sur ce qui avait déjà été amorcé par Sémic, Marvel France s'applique à soigner les pages magazines de ses revues. Les rédacteurs s'attachèrent alors à informer les lecteurs sur tout ce qui se passait aux Etats Unis, comme ici, dans le domaine du comic book. Quand l'histoire se déroulait sur de très nombreux comics, les différentes parties furent résumées pour permettre de ne rien perdre d'un épisode. On n'hésita pas non plus à rappeler, quand il le fallait, certaines vieilles péripéties pour permettre une meilleure compréhension des intrigues développées dans les versions françaises. De même, pour rattraper des retards gênants, tout aussi bien que pour des raisons publicitaires, on augmenta temporairement la pagination de certains fascicules. Par ailleurs, toujours dans un souci d'information, l'intéressante histoire chronologique de la Maison aux Idées qui paraissait dans Marvel Age fut traduite. Les jeunes lecteurs purent ainsi se faire un idée du long cheminement de leurs personnages préférés.


Enfin, de façon parfois plus discutable, car certains noms français étaient de réelles réussites - mais l'on devait vouloir couper tous les ponts avec Lug/Sémic - les héros retrouvèrent pratiquement tous, dans ces pages nouvelles, leurs patronymes d'origine. Qu'importèrent ces légers changements, les lecteurs ne se plaignirent pas et se jetèrent sur toute la gamme de publications avec frénésie.


A l'heure où nous écrivons ces lignes, Marvel France continue ses activités éditoriales sur plusieurs fronts.


Le plus ancien, le secteur des périodiques qui concerne la diffusion en kiosque prospère après qu'une filiale, Génération Comics, ait été fondée pour publier du matériel américain en provenance d'autres éditeurs que celui des Fantastic Four. Dans ce domaine les titres apparaissent, se modifient et parfois disparaissent dans la mouvance habituelle des publications destinées à la jeunesse.


Le second front d'activité de Marvel France se situe maintenant sur les tables des librairies traditionnelles. En effet depuis 1998, en collaboration avec son confrère Bethy qui avait déjà fait quelques pas dans le domaine des comics, notre éditeur se lança dans la conquête d'un public que l'on prétend plus exigeant que celui qui fréquente les présentoirs des Maisons de la Presse.



Hélas, la collaboration ne dura que le temps de publier quelques albums centrés sur l'univers des X-Men. L'hybridation entre les deux sociétés, malgré la bonne volonté de chacun était curieuse, aussi nul ne fut véritablement étonné de voir l'association prendre fin en début 1999. Même si les albums nés de ce regroupement étaient de beaux objets dotés d'un matériel critique convenable, les fans de la première heure ne purent, hélas, que regretter que les histoires ne fussent déjà très connues...


Désormais seul, Marvel France reprit l'aventure à son propre compte dès mai 1999, avec des livres qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux Trade Paperbacks américains, leurs aînés. Toutefois, globalement plus luxueux, les volumes de la collection 100 % Marvel ne manquent pas d'allure. Habillés de couvertures souples du plus bel effet, les quatre-vingt-seize pages de papier glacé sont vendues à un prix qui compte parmi les plus raisonnables de la profession.


Aujourd'hui, après que ToyBiz, l'actionnaire principal de Marvel se soit désengagé de nombreuses filiales non cruciales, Panini est retourné dans le giron italien. Un groupe d'investisseurs et de cadres a racheté la firme avec la ferme intention de continuer aussi bien la publication de vignettes que l'aventure éditoriale. Lors des discussions qui sanctionnèrent la transaction, Marvel concéda aux repreneurs les droits d'adaptation de ses comics pour le monde entier, à l'exception de l'Amérique du nord et le Mexique, le Japon et l'Océanie.


Dans la mesure où ces licenses ne seront pas renégociées avant la fin 2004, les prochaines années devraient donc encore nous réserver le meilleur de la production de papier d'un des principaux éditeurs d'outre Atlantique.



 

Voir aussi : Marvel 14  /  Les éditions Artima  /  Les éditeurs phares  /  Maisons d'édition de 1935 à 1955  /  Les comics de 1955 à 1975
 
 
 



Créer un site
Créer un site