Daredevil


Matt Murdock a un sens très particulier de la justice puisqu'il fait appliquer les textes de loi dans la journée en tant qu'avocat et lutte férocement avec ses poings contre le crime une fois la nuit venue, en tant que Daredevil.


 

Daredevil 51 de Marvel Comics

Matt Murdock a eu deux vies sur les écrans. La première, très éphémère, a duré le temps d'un film, sorti en 2003. C'était alors Ben Afleck qui prêtait ses traits à son héros d'enfance. En dépit d'un casting de premier plan (Jennifer Garner en Elektra, Colin Farrell en Bullseye, Michael Clarke Duncan en Caïd), le réalisateur Mark Steven Johnson avait rendu un piètre hommage au plus grand des héros urbains de Marvel. Heureusement, Daredevil a eu droit à une deuxième chance, sur petit écran. Depuis 2015, Netflix diffuse les exploits du justicier de Hell's Kitchen dans ce qui est la plus belle réussite de la collaboration entre la plate-forme de streaming et la "Maison des Idées". Malgré tout, reconnaissons au navet de 2003 le grand mérite d'avoir résumé mieux que tout le monde Matt Murdock. Dans l'une des premières scènes, on le voit dans son costume d'avocat en train de plaider en faveur d'une femme battue face à un criminel dans un tribunal. Ce dernier est relaxé. Murdock serre les mâchoires à la lecture du verdict et crispe ses poings autours de sa canne blanche.


 

Dans la scène suivante, on le voit en tant que Daredevil, en train d'infliger une raclée au criminel innocenté quelques heures plus tôt... Voilà qui est Matt Murdock. Un homme aux contrastes saisissants, aveugle mais dont les pouvoirs lui permettent de voir mieux que n'importe quel humain ; un enfant élevé dans la stricte foi catholique qui a décidé de se déguiser en diable une fois devenu adulte ; un homme d'une extrême sensibilité qui vit dans le quartier le plus malfamé de New York (Hell's Kitchen) ; un avocat brillant le jour qui rend sa propre justice la nuit. Cette richesse en fait l'un des plus grands super-héros Marvel.


Daredevil the Man without Fear du Marvel Comics Group

Dans les comics, à l'instar de ce qui s'est produit sur les écrans, DD a eu plusieurs vies. Dans la première, de sa création en avril 1964 à mai 1979, il a été une sorte de Spider-Man bis. Même origine tragique, même sens de l'humour, mêmes arabesques sur les toits de New York, même incompréhension du grand public à son égard. Forcément, DD restait dans l'ombre du Tisseur de toiles en termes de notoriété. Et puis Frank Miller est arrivé. D'abord comme dessinateur puis comme scénariste, le créateur de "Sin City" a révolutionné le héros en le plongeant dans un univers beaucoup plus sombre. Avant lui, la vie du héros était tellement délirante qu'il avait réussi à faire croire à Karen Page et Foggy Nelson qu'il avait un frère jumeau, Mike, et que c'était ce dernier Daredevil... Avec Miller, fini les bouffonneries, l'ambiance est devenue lourde, très lourde. C'est de son héritage que s'est inspiré Netflix pour construire l'univers de sa série. Et si vous avez trouvé que c'était un peu trop violent, entre un Caïd qui décapite un rival à coups de portière de voiture et une Elektra à la limite du sadisme, dites-vous que ce n'est rien comparé à ce qu'a produit Miller.


 


Frank Miller, le grand architecte


C'est lui qui a créé Elektra (en 1981), qui en a fait le grand amour de jeunesse de Matt Murdock et qui les a fait se rapprocher au plus près pour mieux plonger le héros dans le désarroi quand Bullseye l'a éventré avec ses saïs. C'est lui aussi qui a fait s'éloigner Karen Page sur la côte Ouest des Etats-Unis car elle ne supportait plus de vivre à côté d'un Murdock qui refusait son amour. Lui encore qui l'a fait plonger dans la drogue et dans la pornographie, l'ancienne secrétaire finissant par échanger l'identité secrète du héros contre une dose. La nouvelle arriva jusqu'aux oreilles du Caïd qui brisa totalement la vie du Diable de Hell's Kitchen. D'abord en le faisant radier du bureau, ensuite en gelant ses avoirs et enfin en faisant exploser sa maison. Murdock se retrouva un temps sans domicile fixe et n'eut pas d'autre choix que d'aller se réfugier dans un couvent où il découvrit que l'une des soeurs était sa propre mère !

 

Le scénariste et dessinateur Frank Miller

Plus près de nous, Joe Quesada et Brian Michael Bendis ont également signé des aventures palpitantes en conservant toujours la recette de Miller : de la noirceur, de la corruption, des morts, de la trahison. Actuellement, dans les comics, Daredevil a pris un jeune héros sous son aile, Blindspot. Dans la dernière aventure traduite en France, son acolyte s'est fait crever les yeux par un ennemi qui tuait des gens pour faire de l'art. La série pourra difficilement se mettre à un tel niveau de malfaisance mais tout ce qui s'y est déjà produit est excellent. Et pour la saison 3 qui débarque en octobre 2018, on annonce le retour du Caïd, emprisonné pendant la précédente.


 

Pour officialiser son retour, Charlie Cox, qui incarne Matt Murdock, a publié sur Twitter un faire-part de décès au nom de son personnage, sur lequel on peut lire : "Une personne qui agit bien mais qui tremble devant un homme mauvais ressemble à une source ou à un puits qu'on a sali." En commentaire, il a écrit : "Je vais bien". On l'a pensé mort à la fin de The Defenders, mais le Diable est bien de retour. Pour de nouvelles aventures toujours plus noires.



 


 
 
 



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