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Claude Vistel et les éditions Lug

 

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, son père, Auguste Vistel, dirigeait un journal clandestin de la résistance appelé La Marseillaise. Marcel Navarro travaillait pour Mouchot (Fantax) et la S.A.G.E., c’était un homme imaginatif et Couverture de Fantax, une création de Marcel Navarro pour l'éditeur Mouchotun bon technicien. Ensemble, Auguste Vistel, Marcel Navarro et B. Ratier fondèrent "Rien que toi", "Les quatre points cardinaux" et "Aventures et Voyages". Mais à cause de problèmes relationnels avec Mme Ratier, ils s’en allèrent fonder les éditions Lug. Auguste Vistel en devint le PDG, Marcel Navarro le directeur de fabrication et rédacteur. Auguste Vistel était également un bon gestionnaire. Grâce à son travail à la SAGE, Navarro avait gardé des connexions avec l’Italie. Lug publia donc du matériel italien. Les Bandes Dessinées italiennes étant au format tascabile (taille d'une seule bande), ils conçurent des revues en petit formats avec trois tascabiles superposés.

Photo représentant Rémy Bordelet, Claude Vistel, Roger Medina et Marcel NavarroAu sein des éditions Lug, Claude Vistel était rédactrice. Pour développer le catalogue, elle décida d’acheter des BD anglaises. Pour cela, elle prit contact avec Barbara D'Arnaux de Transworld Features qui vendait des BD américaines de super-héros. Transworld était chargée par Stan Lee et Martin Goodman de vendre les droits des séries Marvel. De l’avis de Claude, elles étaient très différentes des productions actuelles mais elle trouvait cela pas mal. Claude avait choisi d’acheter les 4 Fantastiques, l'Araignée (voir article de Strange 47 et sa fiche Marvel Universe) et le Surfer d'Argent. C’est elle qui traduisit les premiers épisodes du Surfer d’Argent. Lug ouvrit donc le bal avec Fantask en 1969, son premier contact avec Marvel ayant eu lieu en 1968.
Fantask n°1 publié par les éditions Lug représentant le Surfer d'Argent, les 4 Fantastiques et Galactus

Claude dit que la commission de censure lui a gâché sa vie professionnelle. Pour Fantask, elle reçut un jour une convocation envoyée par les magistrats et puis il y eut la lettre de la commission de censure, publiée dans le dernier numéro de Fantask. La commission reprochait à cette revue des couleurs trop violentes, d’où par la suite le passage à la bichromie. C’est Marcel Navarro qui désignait les endroits où mettre du violet, du vert... Les premiers numéros de Marvel (voir Marvel 14), et de Strange étaient fabriqués ainsi. Mais les fans réclamaient à cor et à cri de la couleur et ils furent exaucés avec de plus, le grand format. De ce fait, au bout de 3 mois, Marvel fut interdit au moins de 18 ans. Donc la TVA passa à 20% et le titre devint non rentable. Puis la censure n'apprécia pas les histoires du Surfer d'Argent avec Méphisto, ni le personnage créé par Marcel Navarro, Wampus, dont elle refusa la publication en petit format.


La commission se réunissait tous les 3 mois et Claude Vistel y siégeait, surtout pour défendre les revues qu’elle publiait. Cette commission contenait les représentants des éditeurs, des dessinateurs et des associations de parents et des responsables de l'Education. C'était un vrai cauchemar pour Claude Vistel d'assister à ces réunions. La commission de contrôle était structurée en "collèges" professionnels, avec le collège des éditeurs, le collège des dessinateurs.


 

Pour ce qui est du nom de Strange, il ne vient pas du Dr Strange. Simplement le nom sonnait agréablement aux responsables de Lug. Mais Marvel a alors protesté, car ils voulaient un titre dont ils aient la maîtrise. Ils finirent néanmoins par accepter.

Couverture de Strange des éditions Lug dessiné par Jean Frisano et représentant Iron Man et le Mandarin

Les premiers albums grand format furent ceux des 4 Fantastiques, qui n’étaient pas vraiment des albums, car il paraissait tous les trois mois et étaient vendus seulement en kiosques. Cela aurait coûté trop cher en librairie. Les distributeurs étaient aussi des éditeurs et ils prenaient 50% du prix de couverture, cela n’était pas rentable. Alors que dans les kiosques, il y avait la possibilité de ressortir les publications sous formes d'albums reliés (contenant 3 albums). Après les FF, Lug sortit Conan le Barbare en albums. Ce furent les gendarmes qui vérifiérent si Conan était destiné à la jeunesse en portant la mention "Loi du 16 juillet 1949". Encore une fois, le Parquet se manifesta car il jugeait Conan trop violent. Claude était convoqué régulièrement au commissariat du 2ème arrondissement de Lyon. Elle devait sans cesse argumenter pour prouver que c'était une BD pour la jeunesse. Heureusement, des gens de lettre ont défendu le travail des éditions Lug, comme Françoise Mallet-Joris, Jean-Pierre Andrevon ou Gilles Deleuze. Claude aimait beaucoup John Buscema, c'est pour cela qu'elle adorait Conan et qu'elle le traduisait personnellement.

Album des Quatre Fantastiques des éditions Lug intitulé Destination Lune
Au départ, Fantask était vendu à seulement 35000 exemplaires. Mais les lecteurs étant assidus, donc des fidèles des publications Lug, ce chiffre était constant. Puis l'arrivée du dessin animé de Spider-Man en 1977 dopa les ventes. C'est aussi à cette période que la bagarre pour les droits Marvel bat son plein. En effet, Spider-Man se retrouve dans Télé Poche, Télé 7 Jours et Télé Junior. Avec la maison d’édition Arédit il fut trouvé un consensus. Par contre, avec Télé Junior ce fut terrible. La bataille cessa quand Claude se rendit carrément chez Marvel. La maison d'édition américaine finit par lui donner raison.

 




Vers la fin des années 70 et le début des années 80, les ventes augmentèrent. A cette époque le mensuel Strange était vendu à 130 000 exemplaires, avant de chuter graduellement.


Jean-Yves Mitton (voir Mitton, Lug et Mikros), avait bien tenté de reprendre le Surfer d'Argent, qui avait cessé de paraître aux USA, mais Marvel n'a pas appréciée et le projet fût abandonné. La création de Mikros et Photonik avait pour but de fournir du matériel aux dessinateurs du studio Lug pour pouvoir créer une revue de super-héros « made in France » (Mustang Sup’Héros).


Claude Vistel lisait toutes les revues publiaient par Lug, surtout pour les cross-overs qui s'étalaient dans plusieurs séries et dans différentes revues. Il fallait veiller à la continuité des événements. Mais cela la toujours choqué, elle trouvait malhonnête de faire acheter plusieurs revues aux lecteurs, ce qui leur coutait cher.


Elle aimait beaucoup les X-Men et les lecteurs également. Ils ont adoré les grandes sagas des X-Men avec des dessinateurs comme Neal Adams, John Byrne. Serval a eu énormément de succès. Les éditions Lug francisaient les noms des personnages, ainsi Wolverine (voir sa fiche Marvel Universe) devient Serval, le Docteur Doom est devenu le Dr Fatalis, mais la tâche n'était pas toujours aisée.

Album de Conan le Barbare des éditions Lug intitulé Le Colosse Noir

Une autocensure était pratiquée dans les revues, ce qui faisait bondir les fans. Un atelier en interne s'occupait des retouches. Même les onomatopées étaient retouchées. Les petits formats devaient y passer aussi, si un pistolet était présent dans l'image, il mettait une bulle pour le cacher. Mais le dynamisme des pages s'en trouvait énormément perturbé. Parfois c'était une case entière qui était retirée car jugée trop violente. Toute la page devait alors être remaniée sans que le lecteur s'en aperçoive, car garder la cohérence de l'histoire était primordiale. L'atelier de retouche employait 5 personnes qui travaillaient dans une fébrilité constante. Les scénarios devenaient de plus en plus violent et certains concernaient même des enfants. Et l'arrivée du Punisher n'a pas arrangé les choses.


Les couvertures américaines étaient également trop violentes, surtout au niveau des couleurs, pour être utilisées. D'où la création de couvertures originales par Jean Frisano, qui utilisait la technique du lavis, d'où des couvertures au ton plus doux. A sa mort, c'est son fils qui a pris la relève, puis Jean-Yves Mitton.


L'ambiance chez Lug était familiale, conviviale, même après le rachat par Semic. Mais Semic voulaient créer de la presse magazine pour les jeunes et arrêter toutes les BD. C'est à ce moment que Claude a décidé de partir.


 


 
 


Retrouver les couvertures de Neal Adams et John Byrne.
 
 
 



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