Comics-Lug sur Facebook



 
Article paru dans VSD 2018


Captain America : Civil War

Avec trois super-héros noirs dans sa dernière production, le groupe Marvel oeuvre-t-il consciemment pour plus de diversité ? Décryptage. Par Philippe Guedj

 

Marvel, champion du Black Power ?



En pleine promotion parisienne de Captain America : Civil war, troisième volet des exploits du célèbre Avengers au bouclier, Don Cheadle est ulcéré. L'interprète de Jim Rhodes/War Machine enrage d'avoir dû recourir à une star blanche (Ewan McGregor) et à du crowfunding pour boucler le financement de Miles Ahead, la biographie de Miles Davis dont il est aussi le réalisateur. Mais il salue parallèlement le fait que Civil War compte pas moins de trois super-héros noirs : le Faucon (Anthony Mackie), Black Panther (Chadwick Boseman) et donc War Machine, complice d'Iron Man. Une plus grande visibilité salutaire et une "action positive" consciente de la part de Marvel ? Cheadle soupire : "C'est une goutte d'eau. Ca ne changera rien au fait qu'il y a toujours aussi peu de Noirs aux postes décisionnaires. Et il aura fallu cinquante ans pour que Black Panther ait son propre film, l'an prochain."


Il n'empêche : salué en 2015 pour avoir lancé en BD les aventures de la super-héroïne pakistanaise et musulmane Ms. Marvel, le groupe multimédia Marvel apparaît aujourd'hui comme un parangon de la diversité, depuis les pages de ses comics jusqu'à ses films au cinéma. Et il en serait même le précurseur. Apparu pour la première fois dans les pages du comic book Fantastic Four 52, en 1966, Black Panther inaugura chez Marvel une tradition de super-héros noirs emblématiques : le Faucon, Luke Cage, Blade ou Tornade, célèbre membre des X-Men. Pour Stan Lee, directeur éditorial de Marvel dans les années soixante, la création de Black Panther répondait à l'influence naturelle du mouvement des Droits civiques et de figures déterminantes comme Martin Luther King.



Mais selon Jean-Paul Gabilliet, professeur de civilisation nord-américaine à l'université Bordeaux-Montaigne et historien de la BD américaine, l'apparente audace de Marvel à l'époque n'en était pas une : "T'Challa, alias Black Panther, n'est pas un Afro-Américain, mais un Africain. C'était beaucoup trop risqué, à l'époque, de créer un personnage noir américain, Marvel aurait probablement perdu des milliers de ventes dans les Etats du Sud des Etats-Unis. Un prince africain, c'est plus exotique, comme de montrer des princes noirs dans Tarzan. On met en scène un personnage noir d'une façon qui ne posera pas de problème politique, à des années-lumière de la réalité du quotidien américain, avec des Noirs qui se font tabasser par les flics." Pour Hayedine Tabani, vendeur chez Album Comics à Paris, "la supériorité technologique du royaume du Wakanda - pays d'origine de T'Challa - était cependant un signe de représentation positive." En octobre 1966, quelques mois après la création du héros, le parti militant des Black Panthers naissait en Californie. Le nom serait, officiellement, une coïncidence.


Trois ans plus tard, Marvel ose enfin un véritable super-héros afro-américain issu de Harlem avec le travailleur social Sam Wilson, alias le Faucon (1969), partenaire de Captain America. Et, en 1972, en pleine vague de blaxploitation movies à Hollywood, Marvel crééra par pur pragmatisme commercial Luke Cage, toujours à Harlem. Au fil de ces cinquante dernières années, le catalogue Marvel recense plus d'une centaine de super-héros Noirs plus ou moins éphémères - Luke Cage, Black Panther et Blade auront droit à leur propre revue.


Mais, en 2016, le constat est sans appel : sur presque soixante-dix titres mensuels en cours, un seul est consacré à un héros noir : Black Panther, relancé début avril en guise d'appel de phares pour le film à venir en 2017. "Le lectorat de comics reste majoritairement blanc, les auteurs aussi, même si les héros plus ancrés dans le social de chez Marvel attirent plus de lecteurs noirs que le concurrent DC. Mais, hormis Spawn chez Image Comics, aucune revue de super-héros noir n'a réussi à durer", résume Hayedine Tabani. Don Cheadle, lui, croise les doigts pour le futur film Black Panther : "Si c'est un bon film et un succès, ce sera un signal qui pourrait ouvrir la porte à d'autres héros noirs. Mais si c'est un mauvais et que ça se plante, le système dira : "Vous voyez, voilà pourquoi on ne fait plus de films comme ça !".  P.G.
 
 
 
 



Créer un site
Créer un site